TRACKS NEWS / 17-04-15 / 10 000 Gigas en pleine rue
Aram Bartholl

10 000 Gigas en pleine rue

Depuis 2010, un artiste allemand a créé une communauté pour défendre un projet d’échange de fichiers affranchi du grand méchant Web. Pour l’utiliser, il faut offrir une sortie à son ordi…

Souvenez-vous, c’était au siècle dernier : les humains s’envoyaient des courriers et des cartes postales, et il fallait parfois attendre une semaine pour avoir des nouvelles d’un proche. On utilisait même les boîtes à lettres, censées recevoir le courrier postal, comme des dépôts, à partir de la seconde guerre mondiale. Ces « boites à lettres mortes » servaient de point d’échange de documents confidentiels pour certaines organisations d’espionnage, ce principe d’échange s’étant démocratisé pendant la guerre froide, les « dead drop spikes » (sortes de tubes creux à planter dans la terre) étant devenus la norme chez les espions russes en territoire américain. Et ce principe s’est refait une santé numérique.

Pour utiliser les « dead drops » de l’artiste berlinois Aram Bartholl, venez avec votre ordinateur, muni de quelques fichiers sympa à donner. Planquées dans les murs, les marches d’escaliers ou les boîtiers téléphoniques, ses clés USB fonctionnent comme ces vieilles boîtes à lettres : on peut y déposer ce qu’on veut, et récupérer ce qui semble intéressant. Quelque part entre un système d’échange ouvert et un réseau de stockage de fichiers pirates, ce système existe depuis déjà cinq ans, Bartholl ayant cimenté sa première clé lors d’une résidence d’artistes à New York. C'est ce concept qui l'amène aujourd'hui au Palais de Tokyo à Paris, du 24 juin au 13 septembre.

Et maintenant ? Le monde comprend plus de 1400 « drops », ce qui totalise plus de 10 000 Gigaoctets planqués un peu partout, une sorte de « grand serveur mondial » sans aucune connexion Internet. Bien entendu, l’artiste n’a pas tout installé tout seul : il a fait appel à la communauté des internautes. Qui ont plâtré, cimenté, collé toutes ces boîtes à lettres eux-mêmes, remplies de photos de vacances, de textes jamais publiés, de films porno, voire même de virus. Eh ouais, pour assumer son statut de dissident numérique, il faut savoir vivre dangereusement.

Aram Bartholl

@ Arte Creative

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Le site d’Aram Bartholl répertorie tous les « dead drops » installés sur la surface du globe, et il y en a forcément un près de chez vous.

Aram Bartholl

Site officiel

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