TRACKS NEWS / 07-05-18 / 80 is the new 18
si senior !

80 is the new 18

Aujourd’hui, notre grand-mère maison qui est aux commandes du site toute la semaine, Mamie Jeanne, vous présente ses copains : les octogénaires qui ont secoué Tracks, à l’occasion de notre émission spéciale « Si Senior ! »

Mes enfants,
Ah la jeunesse ! Cette force vive de la Nation que l’on met sur un piédestal, y compris jusque sur les plus hautes marches de l’Etat, où les Trudeau et Macron portent l’espérance avec leur fougue de jeunes quadras, comme ces entrepreneurs qui ont à peine quitté leurs culottes courtes pour « monter leur boîte super créa et responsable » qui participera activement au redressement productif de nos démocraties vieillissantes… Et qui d’autre qu’un jeune pour tendre un majeur bien droit et secouer le vieux cocotier du système de papa ? Eh bien, mes petits chéris, figurez-vous que vous vous fourrez ledit majeur jusqu’au coude si vous pensez qu’il faut être arthrite-free pour faire avancer le schmilblick. En temps que grand-mère officielle de Tracks, il est de mon devoir de rappeler à votre bon souvenir ces vieux qui sont bien plus jeunes que bien des jeunes et qui sont passés par votre émission préférée. Et laissez-moi vous dire que, chacun dans leur genre, ils donnent de sacrés coups de tatanes dans la fourmilière !

Petula Clark, la doyenne des enfants stars

Doowntoooown ! Doowntoooown ! (oui je sais ça marche mieux à l’oral qu’à l’écrit). Vous connaissez tous ce tube de ma copine Petula. Mais connaissez-vous son histoire ? Avant d’être la chouchoute des charts internationaux au début des sixties avec Downtown, la grande Clark était une enfant star. La Shirley Temple anglaise. Et, contrairement aux rejetons de Will Smith qui ont turbiné pour garnir un Codévi qu’ils n’étaient même pas en âge d’ouvrir tous seuls, Petula, elle, a mouillé la chemise pour soutenir le moral des troupes. A peine sortie du bac à sable, elle a chanté à la radio pour les soldats partis au front pendant la Seconde Guerre mondiale. Et elle en a bavé parfois, Petula. « Quand j’ai eu treize ou quatorze ans », raconte-t-elle, « mes seins se sont mis à pousser. J'ai commencé à vouloir chanter des chansons plus sophistiquées. Ils n’aimaient pas ça, alors ils m'ont bandé les seins, m’ont habillée comme une enfant, et c’était difficile »... Pas du genre à se la couler douce, Petula a quand même à son actif plus de 500 disques ! Du cousu-main par Serge Gainsbourg ou Boris Vian. C’est quand même pas de la roupie de sansonnet, ça !

Frederick Wiseman

C’est bien simple : sans lui, le documentaire ne serait pas ce qu’il est. La série The Wire ou le Full Metal Jacket de Kubrick non plus. Sémillant octogénaire (limite nona), Frederick Wiseman a 50 ans de carrière au compteur et presque autant de films qui décortiquent les institutions, du grand magasin à l’hôpital psychiatrique, en passant par l’armée ou les centres de recherches sur les animaux. En 1967, il signe son premier film et son premier coup de maître, Titicut Follies, sur l’unité psychiatrique de la prison de Bridgewater, dans le Massachusetts. Corps nus errants qui rappellent les camps, mauvais traitements, gavage forcé… C’est un tel électrochoc que le film est censuré dès sa sortie. Et il et le restera pendant 27 ans ! Bluffé par le talent de ce cinéaste qui tourne en immersion avant l’heure, Kubrick lui « empruntera » (moi je dirais voler, oui !) des plans qui nourriront la moitié de ce qui deviendra l’un de ses chefs d’œuvres…

Luc Moullet, Groucho Marx sous prozac

Son nom ne vous dit probablement rien, mes poussins, et c’est normal : Luc Moullet, c’est l’homme de l’ombre de la Nouvelle Vague. Dans la bande des Cahiers du Cinéma, où Truffaut, Godard et les autres s’enguirlandaient sur le cinoche en fumant des clopos sans filtre, c’était le plus jeune et le plus radical. Mais surtout, c’était le plus drôle (surtout à côté de Godard qui était moyennement du genre à se taper sur les cuisses) et Luc a ripoliné la Nouvelle Vague à la sauce burlesque. Il s’en est donné à cœur joie dans des tournages épiques avec Jean-Pierre Léaud, le visage de la Nouvelle Vague, qui carburait aux amphètes et au litron de rosé à longueur de prises. Western, documentaire, film érotique… Moullet a passé tous les genres à la moulinette ! En 1977, il réalise Genèse d'un repas, brulôt anti-mondialisation dans lequel il zoome sur le cynisme du capitalisme. Un quart de siècle avant Michael Moore…

The Four Tops

Avec eux, la musique noire est entrée dans certains foyers pour la première fois. Formule un de la machine à tubes de la Motown, les Four Tops ont pulvérisé les barrières raciales jusqu’aux états les plus racistes du sud des Etats-Unis. Il fallait le faire quand même ! Il faut dire qu’avec leurs harmonies vocales sophistiquées et leurs mélodies entêtantes, leur soul vous retourne comme une crêpe. Les Four Tops, c’est le groupe des records : 65 ans de longévité et 50 millions d’albums vendus dans le monde ! Ils ont changé le cours de l’histoire de la musique noire mais aussi un peu celle de la variété française ; c’est à eux que Claude François doit deux de ses plus grands tubes, Reach Out I’ll Be There et It’s The Same Old Song (devenus en français « J’attendrais » et « C’est la même chanson »). Ce qui a permis aux oreilles de votre mamie d’écouter autre chose que ses ritournelles sur son bonheur d’avoir un marteau (et puis de toute façon je préférais Johnny).

Je vous embrasse mes chéris.

Mamie Jeanne.