TRACKS NEWS / 12-02-18 / Voyage au bout de l’enfer
human flow

Voyage au bout de l’enfer

Quand le plus célèbre des dissidents chinois filme le plus grand flot humain depuis la Seconde Guerre Mondiale… Sortie cette semaine de Human Flow, documentaire choc sur les réfugiés signé Ai Weiwei.   

« En 1989, à la fin de la Guerre Froide, 11 pays avaient érigé des murs à leurs frontières, ils sont 70 aujourd’hui ». Le rappel est simple, efficace, comme tous ceux qui jalonnent le film-périple d’Ai Weiwei. Tourné pendant un an dans 23 pays, avec le soutien des Nations Unies, ce documentaire sans commentaire de 2 h 20 donne à voir toute l’ampleur et la diversité de ce qu’est le phénomène des réfugiés. Au plus près dans les camps ou à travers de longs travellings filmés du ciel, le regard de l’artiste chinois balaye le large spectre des migrations et donne à voir l’étendue du désastre, au sens propre comme au sens figuré. Ici, le drame des Rohingyas du Bangladesh. Là, la destruction de la jungle de Calais. Puis une plongée dans un camp palestinien installé il y a déjà soixante ans ou dans celui du Kenya, le plus grand du monde, où survivent 500 000 réfugiés…

Quand il ne donne pas la parole à des politiques ou des porte-parole du Haut Commissariat aux Réfugiés, Ai Weiwei va chercher celle des réfugiés, souvent dans une conversation où lui-même apparaît à l’image. Car la star touche-à-tout de l’art contemporain, bête noire du pouvoir rouge, connaît lui aussi les camps. Il a seulement un an quand il est envoyé avec sa famille dans un camp de travail et de rééducation dans le nord est de la Chine parce que son père, poète critique vis à vis du régime, est considéré comme un « ennemi du peuple » en pleine révolution culturelle. Deux ans plus tard, en 1960, la famille est envoyée dans le désert de Gobi. Plus tard, au début des années 80, c’est aux Etats-Unis qu’Ai Weiwei commence une nouvelle vie d’exil. En 2016, Tracks avait consacré une émission spéciale à celui que l’on surnomme le Warhol de l'Empire du Milieu dans laquelle il revenait sur ses années de dissidence.

Pour Ai Weiwei, l’enjeu de Human Flow est de mettre en lumière la vulnérabilité à l’exploitation des réfugiés d’une part et de souligner l’impératif de résoudre la problématique de la cohabitation entre les peuples à l’heure où 65 millions de personnes sont déplacées à travers le monde, le plus grand flot humain de l’histoire depuis la Seconde Guerre Mondiale.