TRACKS NEWS / 18-11-15 / Artiste au crochet
Lucien Murat

Artiste au crochet

Rencontre avec Lucien Murat, lauréat du Prix Arte / Beaux-Arts magazine, jeune homme moderne qui aime les tapisseries de grand-mère et Tracks. Ce qui n’est pas incompatible…

Pour 99.9% des trentenaires, une après-midi à causer broderie avec mamie, c’est l’incarnation totale du cauchemar dominical (à ex aequo avec regarder Michel Drucker avec elle et/ou Les Feux de l’Amour). Le 0.1 % restant s’appelle Lucien Murat. Il a 29 ans et un dada de vielle dame : la tapisserie. Depuis 5 ans, cet artiste diplômé de l’Atelier de Sèvres et de la Central St Martins de Londres part à la rencontre des tisserandes aux cheveux argentés de France et de Navarre pour leur racheter leurs broderies, qu’il assemble, repeint et recouvre de collages. « Fukushima mon amour », « La vierge au fœtus »… la série de toiles post-apocalyptiques de Lucien Murat dépoussière la tapisserie de mamie…

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Galerie : Lucien Murat

5 photos

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Mi-broderie à l’ancienne, mi-comics, le télescopage de Lucien Murat a tapé dans l’oeil du jury du Prix Arte / Beaux-Arts magazine, présidé par l’une des éminences grises de Tracks, notre co-rédacteur en chef David Combe, qui lui a remis son prix lors de la Foire Slick à Paris le 22 octobre dernier.

SLICK - 10TH EDITION (2015)

01m49

SLICK - 10TH EDITION

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Entre deux points de croix, Lucien Murat a répondu à nos questions…

Tracks : D'où te vient cet intérêt pour les tisserandes du troisième âge ?

Lucien Murat : Je sais que ça ferait un formidable sujet Tracks mais non, je ne vis pas une romance enflammée avec une tisserande du troisième âge. Mais il y tout de même dans ma vie un peu d'Amour, Art et Hespéride car le troisième âge est indispensable à la réalisation de mon travail. Je collectionne et je chine les canevas qui sont le dada des vieilles dames. Alors dès que je leurs achète le fruit de leur long labeur, j'ai toujours un échange avec elles. C'est intéressant de travailler une matière première déjà chargée d'une histoire.

Tu peux nous raconter une anecdote sur une de tes rencontres avec l’une de ces tisserandes ?

Je faisais les petites annonces sur le Bon Coin à la recherche non pas de tisserandes, mais de canevas. Je vois une annonce pour un lot de canevas pour quelque chose comme 20 euros, une affaire ! Je me rends chez le vendeur, c'était une famille juive qui faisait l'Alyah. Elle vendait tout ce qu'elle avait dans sa maison, notamment des canevas richement encadrés, qui ornaient les murs du salon. Ils les ont décrochés devant moi, me donnant un petit bout de leur vie…

Tu es un fidèle de Tracks depuis longtemps. Tu peux nous donner quelques exemples de sujets qui t’ont marqué ?

- Joe Coleman : chacune de ses peintures est une invitation à le suivre dans ses délires et ses fantasmes. J'aime la richesse de son univers grotesque et absurde, nourri de multiples références. En observant son trait, je pense que nous partageons un amour commun pour la bd et les comics.

- Streetwear fetish : parce que je ne pouvais même pas imaginer que ça existait. On me pointe parfois comme le mouton noir dans ma famille, je me suis senti très "normal" tout d'un coup.

- Recondite : un artiste que j'adore. J'écoute énormément sa musique en travaillant, son univers emprunt de romantisme et de noirceur tout en étant très onirique me parle et m'inspire. J'adorerais collaborer avec lui.

Etre lauréat du Prix Arte / Beaux-Arts magazine, ça a changé quelque chose pour toi ?

Oui ! Le prix rassure les gens et m'ouvre de nouvelles opportunités. Je pars en janvier à New York exposer à l’Outsider Art Fair. Et je suis passé aux yeux de ma grand-mère du stade de clochard de la famille à celui de génie.

Quelle est la remarque la plus incongrue que tu aies entendu depuis que tu es lauréat ?

« Ah, mais en fait tu as du talent ! »

Présent lors du concours de peinture Novembre à Vitry, Lucien Murat sera exposé à la Galerie Jean-Collet du 21 novembre au 13 décembre.

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