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Boat Punks, no future sur East River

Tonnerre de Brest, avec les boat punks, le No Future tombe à l'eau ! Les travellers en maillot de bain larguent leurs rangers et pogottent sur les flots.

Voguant sur leur radeau de fortune, ils ont trouvé la solution pour vivre sans attache et faire la nique au système, en plein New York, à quelques miles de Manhattan.

Depuis que l'ancien maire de la ville Rudolph Giuliani en a interdit l'accès, cette zone laissée à l'abandon est devenue l'Eden des boat punks.

DUKE RILEY

À 15 ans, Duke plante sa famille catholique pour embarquer comme matelot sur un bateau de pêche au gros. Pour lui, la nouvelle conquête de l'Ouest commence dans les zones fluviales et côtières new-yorkaises. De retour sur la terre ferme, inspiré par les illustrations de marins du dix-neuvième siècle, il devient en 2000 tatoueur à Brooklyn.

Propriétaire de deux voiliers, de plusieurs canoës et barques, il a toujours un bateau sur l'eau. En vrai boat punk, Duke a le mal de terre et se sent dans son élément dès qu'il flotte comme ici sur l'Hudson River.                                                                 

"Techniquement, personne ne peut nous interdire d'être sur l'eau avec ces bateaux. Comme il n'a pas de moteur, on n'est pas forcé de les déclarer. Et comme ils n'ont pas de moteurs, on n’est pas forcé d'avoir des lumières non plus. Du coup, on peut utiliser ce bateau tout le temps même si on n'a pas de lumières. Après, pour ce qui est de se faire emmerder par la police, c'est une autre histoire." Duke Riley

En 2007 Duke Riley fabrique son propre sous-marin en bois, en s'inspirant d'un modèle conçu par l'armée américaine à la fin du dix-huitième siècle pendant la guerre d'indépendance. Duke plonge dans l'Hudson River, sans autre équipement que son gilet de sauvetage. Le FBI le repêche trois heures plus tard à quelques encablures du Queen Mary 2. Le paquebot géant réchappe de peu à l'abordage.

SWOON

De son vrai nom Caledonia Dance Curry, cette street artiste de 34 ans est la sirène des Swimming Cities, les villes flottantes.

En 2006, Swoon s'inspire des maisons de Venise, qui semblent posées sur les eaux, et lance l'aventure des Swimming Cities. Une trentaine d'artistes se la coulent douce sur des radeaux composés de matériaux de récup'. La flotille se laisse porter sur les fleuves du monde du Mississippi au Gange.

"Quand on a descendu le Mississippi, toutes les personnes qu'on rencontrait disaient qu'elles avaient toujours voulu faire ça. Construire un radeau pour descendre le fleuve, ça fait partie de l'imaginaire du Mississippi, ça fait partie des rêves d'enfants, c'est à ça qu'on pense quand on essaye d'imaginer à quoi ressemble la liberté." Swoon

TYLER BULLOCK

Il a passé dix ans sur les mers et a racheté son bateau de 15 mètres à un voisin qui allait s'en débarrasser et l'a remis à flot grâce à des pièces récupérées dans la décharge voisine. Tyler l'a nommé "en cavale", en hommage à son héros Papillon : le bagnard français, roi de l'évasion, incarné au cinéma par Steve McQueen.

"Je mourrai sans savoir ce que c'est que de vivre avec ma femme et mes enfants dans une ferme, en Iowa par exemple. J'aime l'idée de pouvoir faire ou essayer n'importe quoi, j'suis incapable de rester tranquille." Tyler Bullock

Dans la vie, Tyler est plutôt sans filet. Il grandit dans les montagnes de l'Idaho, au sein d'une famille qui ne le pousse pas vraiment à suivre l'école. À l'âge de 15 ans, il part la crête au vent sillonner l'Amérique avec une bande de punks. Pour les longues distances, Tyler joue les passagers clandestins à bord des trains de marchandises comme ses ancêtres les légendaires hobos. En 2002, un marin italien lui propose de lui vendre son voilier à condition qu'il apprenne à s'en servir. Tyler lâche la drogue, la rue et les chiens pour se transformer en punk à bateau.

En 2012, Captain Tyler hisse le grand foc. Il organise le premier stage de voile Do It Yourself sur le Rio Dulce au Guatemala. Pendant dix jours, une vingtaine de traveller montent sur le pont sans gilet de sauvetage et apprennent, mais pas trop, l'art des nœuds marins et de la boucle chinoise.

PLUS D'INFOS

Prendre la route et repousser les frontières : le mythe est aussi vieux que les hobos. À la fin du dix-neuvième siècle, ces travailleurs itinérants étaient plus de 500 000 à voyager en clandestins à bord des convois de marchandises qui sillonnaient l'Amérique.

Dans les fifties, leur vie de bohême inspire les poètes de la Beat Generation. Quand Kerouac écrit "Sur la Route" en 57, il ouvre une boîte de pandore qui poussera des milliers de jeunes américains à tenter l'aventure aux quatre coins de la planète. Un demi-siècle plus tard, la génération techno les a rebaptisés "traveller". Mais les parkings des free parties sont trop encombrés pour les boat punks qui leurs préfèrent le grand large.

Le long des côtes américaines, il y aurait aujourd'hui plus de 200 boat punks. La crise économique a donné un coup de pouce au mouvement. De nombreux bateaux se sont retrouvés à l'abandon et les punks en marinières ont sauté sur l'occasion pour larguer les amarres.

Un reportage de Anne-Cécile Genre