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Chelsea Manning : enfin libre !

Sortie imminente de prison pour Chelsea Manning, l’ancienne analyste de l’armée américaine condamnée à trente cinq ans de réclusion pour la plus grande fuite de documents secrets de l’histoire des Etats-Unis. Retour sur l’histoire hors du commun de la lanceuse d’alerte.  

Est-ce le fruit du hasard ? Ce 17 mai, Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, est aussi le jour où Chelsea Manning quittera sa cellule de la prison militaire de Fort Leavenworth, au Kansas, où elle avait été incarcérée en 2013 alors qu’elle s’appelait encore Bradley. Une date symbolique pour ce premier prisonnier militaire à avoir fait une transition de genre derrière les barreaux et gracié par Barack Obama juste avant que celui-ci quitte ses fonctions. Et la fin de sept ans de calvaire pour cette prisonnière pour qui l’incarcération a réellement été une double peine. Car, depuis son arrestation en 2010, le soldat Manning paye au prix fort la fuite des 750 000 dossiers confidentiels transmis à WikiLeaks pour révéler les exactions commises par les Etats-Unis en Irak. Tout d’abord en passant trois ans en isolement carcéral maximal dans des conditions controversées, avant de passer devant la Cour martiale. Puis en écopant de l’une des plus lourdes peines jamais attribuées à un lanceur d’alerte, soient 35 ans de réclusion. Mais aussi parce qu’elle est devenue femme dans une prison pour hommes, une prison militaire de surcroît, soit l’un des pires endroits possibles pour entamer une transition rendue pourtant obligatoire et urgente aux yeux de celle qui pensait alors passer sa vie derrière les barreaux. Condamnée à ne pas pouvoir totalement ressembler à celle qu’elle estimait être, Chelsea Manning a fait plusieurs tentatives de suicide qui lui ont valu une mise à l’isolement qui a mis son équilibre mental en danger.

Pendant ce chemin de croix, Chelsea Manning, interdite du moindre contact avec des journalistes, même au téléphone, n’a pas pu faire entendre sa voix. Sauf une fois où elle a – presque – pris la parole. C’était en février 2016, dans un podcast publié par Amnesty International : la lanceuse d’alerte de 29 ans y racontait son histoire. La voix n’était pas la sienne, c’était celle d’une comédienne transgenre. Mais elle lisait mot à mot le texte écrit par la détenue que l’on pouvait entendre, pour la première fois, raconter son histoire « presque comme une interview telle que je ne pourrais jamais en faire », dit-elle. Une histoire hors du commun dont l’intégralité est à écouter en anglais ou des extraits sont à lire en français ci-dessous.

In Their Own Words: Chelsea Manning and Michelle Hendley

@ SoundCloud

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Né dans l’Oklahoma, de deux parents portés sur la boisson, Bradley Manning est un enfant solitaire qui se réfugie derrière son écran d’ordinateur dès qu’il le peut ou dans la chambre de sa sœur pour jouer à la Barbie. « Je me sentais comme un freak », raconte Chelsea, qui prend conscience de sa différence vers l’âge de 10 ans et subit les moqueries de ses camarades de classe. A 15 ans, il achète ses premiers tubes de rouge à lèvres et robes dans des friperies « comme un ado mineur qui essaye d’acheter des clopes ou de l’alcool ». Il quitte la maison familiale, où sa différence n’est pas acceptée, vagabonde, dort dans sa voiture, vivote seul, en conflit avec lui-même. En 2007, à 19 ans, il regarde en boucle les images de la guerre en Irak et trouve sa vocation : intégrer l’armée américaine. Par patriotisme d’abord mais aussi « avec l’espoir que l’armée me ‘viriliserait’ en quelque sorte ». Au contraire. C’est lors d’une permission que Manning se décide à réellement s’habiller en femme au grand jour, entre fièrement en jupe et talons hauts dans des restaurants. « C’est d’avoir été dans un champ de bataille en Irak qui m’a donné la confiance en moi nécessaire pour le faire. Avant, je n’y arrivais pas ». Retour au front : Manning, qui travaille 12 à 15 heures par jour sept jours sur sept en temps qu’analyste, commence à plier sous « le poids des morts qui s’accumulent autour de moi et de ce rôle factice d’homme que je dois jouer ». Et surtout, des informations qu’il détient à propos des exactions de l’armée américaine qu’il transmet à WikiLeaks. Identifié comme la source et arrêté, Manning passe plusieurs mois en isolement carcéral maximal. « La journée, je n’avais pas le droit de m’allonger ni de dormir, sauf le week-end. De 5 heures du matin à 19 heures, je n’étais autorisé qu’à être assis droit sur mon lit et à fixer le mur. Je n’avais pas le droit de bouger dans ma cellule, pour faire un peu de gym par exemple ». Le 21 août 2013, Manning est déclaré coupable de violation de la loi sur l’espionnage par la Cour martiale américaine et condamné à 35 ans de réclusion. Le lendemain, Bradley annonce qu’il est Chelsea et, après une bataille contre l’administration pénitentiaire, obtient pour la première fois de l’histoire américaine le droit de commencer une thérapie hormonale derrière les barreaux d’une prison militaire. Malgré la lourdeur de sa peine, Chelsea déclare que depuis qu’elle a commencé sa transition, « ma vie est plus riche et accomplie qu’elle ne l’a jamais été ».