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hair wars

À Détroit, je fais ce que cheveux

Crêpage de chignon et coups de ciseaux à l’horizon : cette semaine, à Detroit, la guerre ces cheveux est déclarée !

On l’appelle Motor City mais aussi la capitale mondiale du cheveu… Après les belles carrossées et la soul de la Motown, la flamboyance de Detroit, ville sinistrée, tient encore à un cheveu : l’art capillaire, dont la ville du Michigan est la championne invaincue. Le 15 avril prochain, pour la trente troisième année, Detroit accueille le grand raout des rois des ciseaux, Hair Wars. Une guerre des cheveux que vont se livrer 300 artistes à la recherche de la coupe ultime. Plus que des coiffeurs, ce sont des sculpteurs de cheveux, majoritairement issus des faubourgs de la ville. Ici, on ne pose pas des bigoudis, on les dégaine pour coiffer les concurrents au poteau et c’est à qui en mettra plein la vue avec sa performance… 

L’homme qui a créé les Hair Wars s’appelle David Humphries, alias Hump the Grinder (le broyeur en VF). Au milieu des années 80, cet ancien DJ a fait passer la coiffure des salons aux dancefloors en organisant des soirées où ceux que l’on appelle là-bas des hairstylists jouaient des ciseaux lors de performances dans les clubs locaux. Succès garanti dans une ville où le salon de coiffure est une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. A Detroit, ville noire à 80 %, la coiffure fait partie de la panoplie du "I'm Black & I'm Proud". Après les sixties, le show-biz a réinventé, coloré, décoloré et lissé l'héritage africain dont se revendiquaient les Black Panthers. En se métamorphosant selon les modes, des dreadlocks rastas aux tresses gangstas, des sharp cuts des rappeurs au feu d'artifice à la Nicki Minaj, le cheveu a perdu sa charge militante. Et on estime aujourd’hui que le marché du cheveu afro-américain représenterait 9 milliards de dollars, autant que les recettes d'Hollywood aux Etats-Unis. Tracks était allé explorer le phénomène à la racine et parti rencontrer les Figaro de Detroit lors des Hair Wars en 2012.

Désormais déclinées dans une vingtaine de villes américaines, les Hair Wars ont aussi fait leur entrée au prestigieux MoMA en mars dernier. Le Musée d’Art Moderne de New York a accueilli les performances de quelques uns des sculpteurs de cheveux les plus flamboyants des Hair Wars : le vétéran de la compétition Keith Matthews et ses coiffes pharaoniques ainsi que l’étoile montante de la coiffure artistique, Joanne Petit-Frère, virtuose tresseuse de toison.

 

Au musée mais aussi au cinéma ! Les spectaculaires créations de Joanne Petit-Frère, inspirées à la fois par la tradition africaine et les perruques du XVIIIème siècle, sont au cœur de Hair Wolf, élu meilleur court-métrage au dernier Festival de Sundance : une horror comedy qui se déroule dans un salon afro-américain de Brooklyn terrorisé par un étrange vampire, une femme blanche venue sucer le sang de la culture noire…

Avec sa façon de couper les cheveux en quatre qui font de ses créations capillaires des œuvres d’art, Joanne Petit-Frère est l’une des incarnations de la « haute coiffure » initiée par Charlie Le Mindu, punk du bigoudi et coiffeur de Lady Gaga que Tracks avait rencontré en 2011, et de l’Islandaise Shoplifter, compagne d’expérimentations de Björk. Deux artistes qui taillent des costumes aux cheveux et qui le valent vraiment bien !