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Hardzazat

Punk et hip-hop sous le soleil du Maroc

Alors que la région du Rif est toujours le siège de fortes de tensions contre le pouvoir, la scène underground marocaine rayonne jusqu'à Ouarzazate avec un festival DIY.

Au nord du Maroc, les habitants du Rif dénoncent le sous-développement de leur région et affrontent la police dans la rue depuis plusieurs mois. Alors qu'elles réclament des hôpitaux et des universités, les manifestations se soldent par des blessés et des peines de prison pour les membres du mouvement contestataire citoyen Al Hirak. Malgré une récente intervention du roi, la situation reste tendue et rappelle la phase marocaine du printemps arabe, le "mouvement du 20 février". Côté musique, cette période avait donné naissance à Rabat puis à Casablanca au Festival "Résistance alternative", organisé tous les 20 février pendant 3 ans pour célébrer la liberté de création et d'expression dans le royaume, et symbole de la capacité de la jeunesse à se fédérer et s'organiser dans un pays où l'on peut s'exprimer, si on en a la patience...

Ancien membre de Résistance Alternative, Aimane Douraidi nous raconte comment il a monté le festival hardcore et DIY "Hardzazat", aux portes du désert marocain : "J'ai grandi à Casablanca puis je suis parti étudier à Ouarzazate. Arrivé, là, on a constaté que ça manquait d'offre culturelle dans la ville. Il ya beaucoups de studios de cinéma, mais aucune salle pour voir les films par exemple. L'idée c'était d'organiser un concert, puis deux, et c'est devenu un festival." La troisième édition était organisée en mars 2017 :

HARDZAZAT HARDCORE FEST #3EDITION Nhar 3
HARDZAZAT HARDCORE FEST #3EDITION Nhar 3
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L'esprit DIY peut se résumer ainsi : la jeunesse, abreuvée culturellement par l'arrivée de l'Internet, cherche à se créer des occasions de jouer et écouter la musique qui lui plait... Pour que ça existe, il faut se bouger. Svink, qui file un coup de main au festival depuis la France en organisant des soirées de soutien qui permettent à des groupes français de payer le voyage jusqu'au Maroc, témoigne : "Il y'a beaucoup d'énergie là bas, beaucoup d'émulation, c'est très sincère comme volonté de créer des choses". Sur scène, les groupes punk et hip-hop se succèdent pour déclamer leurs textes engagés. Petite sélection par Aimane :

خليوني نمشي- Tachamarod by Hicham Lasri
Tamacharod - Khalouni Namshi
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"Le groupe Tamacharod était présent lors des 2 premières éditions. "Khalouni namshi" ça veut dire "Laissez-moi partir". La chanson parle d'un mec qui veut voyager, vivre d'autres expériences et quitter sa routine. Pour les marocains, c'est le problème du passeport qui ne nous laisse pas beaucoup de choix en terme de voyage..."

Mehdi Black Wind - NASHID II (Prod. MAJ)
Mehdi Black Wind - NASHID II (Prod. MAJ)
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"Mehdi Black Wind fait partie du collectif avec nous, c'est un rappeur engagé. Ce morceau parle du système politique et du clivage social dans le pays, mais aussi des récupérations de la scène alternative par le pouvoir. Il évoque les concerts de soutien, le Hardzazat et le fait de semer le désordre en organisant des concerts inopinés".

BLAST - Galuli Li Ghe Nsa (Live @ B Rock)
BLAST - Galuli Li Ghe Nsa (Live @ B Rock)! - Blast
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Mais alors, on peut porter une crête tranquille au Maroc ? Un peu plus qu'avant. En 2003, des musiciens de la scène métal de Casablanca se font condamner pour satanisme lors d'un procès expéditif qui crée un scandale mondial. Face aux larges mouvements de soutien, les autorités changent de stratégie devant un changement qu'elle ne peut contrôler, et le fameux festival "L'Boulevard" est même financé par les autorités. Malgré cette ouverture, certains artistes sont incités par la loi à garder leur langue dans leur poche, comme Mourad Belghouat alias El Haqed ("L'enragé" en VF), un rappeur militant du mouvement du 20 février condamné en 2012 à un an de prison ferme.

Pour le port de la crête donc, la société marocaine reste conservatrice mais permet des accents d'ouverture, et les évènements musicaux comme le Hardzazat doivent naviguer entre coups de main de la ville et bâtons dans les roues suivant le calendrier électoral. Alors que les concerts de la 3e édition ont failli être annulés faute d'autorisation, Aimane annonce déjà la quatrième réunion : "Avec ou sans les autorités, on fera Hardzazat l'année prochaine !".