Le cercle des poètes pas encore disparus

Pour Khadhem Kanjar, la poésie est art à haut risque. L’irakien filme ses lectures contre Daesh sur les lieux même de la guerre, carcasses de voitures piégées ou terrains encore minés, avant de les diffuser sur le net.

Khadhem Kanjar naît en Irak en 1990. Mais lorsqu’il voit le jour, son pays vit ses derniers instants de paix avant que la guerre du Golfe ne débute en août 1990 suivie par la guerre d’Irak. N’ayant connu que la guerre, ses récitations filmées dans des lieux hantés ou minés par le conflit ne relèvent pas du désir de prendre des risques. Elles sont le reflet de la routine quotidienne des irakiens, entrainés à vivre avec la mort.

« J’avais un ami d’enfance qui s’appelait Mohamed, et on était dans la même école. Un jour, Mohamed a débarqué chez moi en me demandant de l’accompagner dans la rue des Librairies, à Hilla, pour qu’on fasse ensemble nos achats de cahiers et de crayons avant la rentrée scolaire. "D’accord", je lui a répondu, "laisse-moi juste le temps de me doucher avant d’y aller!".  Mohamad ne m’a pas attendu, il est allé faire ses achats tout seul et il a été tué par une voiture piégée dans la rue des librairies. Cette anecdote donne une idée de l’absurdité de la vie en Irak. J’ai eu beaucoup d’autres expériences de ce genre-là mais cette histoire te montre à quel point tu peux mourir bêtement : une douche m’a sauvé la peau. »