TRACKS NEWS / 09-12-17 / La dystopie, c'est maintena...
Dystopia Now!

La dystopie, c'est maintenant ! Focus sur trois livres qui font entrer le côté lugubre de la science-fiction dans le présent

Loin des colonies spatiales, quelque part entre 1984 d'Orwell et Hunger Games de Collins - certaines dystopies ne relèvent nullement de l’anticipation mais dressent plutôt un inventaire effrayant de notre époque. 

a science-fiction n'est finalement qu'une expérience de pensée qui naît d’un état de fait actuel. Alors pourquoi déclencher la guerre des mondes ou pousser notre belle planète vers l'apocalypse ?

Commençons donc tranquillement par une tout nouvelle forme de pessimisme envers l'avenir. Car autant le dire, nous adorons l’odeur de dystopie au petit matin !

Le concept : l’économie de l’abondance dans Walkaway de Cory Doctorow

Autopartage, partage de fichiers, partage de nourriture – la souffrance partagée coûte deux fois moins cher. Ou, pour faire bref : « sharity ». Cory Doctorow, dont nous avons déjà parlé dans ce numéro de TRACKS, va encore plus loin en déclinant ce concept dans son roman Walkaway. Un ouvrage où l’on découvre une société régie par l’économie de l’abondance, cette fameuse « post scarcity economy ». Ici, tout le monde peut avoir ce qu’il veut pour peu d'argent. OK, et la fiction dans tout ça ? Le romancier décrit un présent alternatif qui pourrait devenir réalité. Pourquoi ne pas construire dès aujourd'hui votre maison avec une imprimante 3D et faire la nique  à votre proprio ? Cory Doctorow montre comment ça marche.

Le concept : le « dataïsme » dans Homo Deus de Yuval Noah Harari

L’intéressé est persuadé qu’au XXIe siècle, l’homme créera des fictions et des religions totalitaires plus puissantes que jamais. Avec l'aide de la biotechnologie et des algorithmes informatiques, ces religions contrôleront non seulement chaque minute de notre existence, mais pourront aussi changer nos corps, nos esprits et nos esprits pour créer des mondes virtuels. L’adoration quotidienne du clic prônée par la religion des données au sein de l'église du Net, la croyance inébranlable en un dieu de données… voilà qui ne sonne pas exactement comme une dystopie mais plutôt comme l' « acceptation » continuelle de quelques CGU et autres directives pour aller plus vite de l’avant. Pas d’inquiétude, il n’arrivera rien.

L'évaluation algorithmique et le tri de nos traits humains ont lieu à chaque seconde passée à cliquer furieusement à travers la Toile. Malheureusement, ce qui se passe avec les copies virtuelles de nos identités échappe généralement à notre libre-arbitre. 

Le concept : Médiation pour les auteurs d’attentats suicides dans Leere Herzen (inédit en français) de Juli Zeh

La question de savoir si les « patients » sélectionnés par un algorithme veulent réellement mourir est préalablement traitée en 13 étapes : rédaction d'une lettre d'adieu, waterboarding, simulacre d’exécution, etc. Britta, la protagoniste du roman, les recommande ensuite aux organisations qui ont besoin de kamikazes. Où figure aussi Daech. Une méthode de guérison radicale pour tous ceux qui se rendent compte qu'ils ne veulent pas mourir et une variation cynique sur le thème de notre économie de services. Le partage est-il vraiment une question de compassion ?

Conclusion : la morale, la raison et les émotions doivent fait l’objet d’un nouvel encodage numérique.