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Leçon de provoc avec un chic maître nippon

Portrait Agité

Depuis quarante ans, il danse sur les ruines en faisant exploser toutes les conventions. Portrait… d'un agité !

Depuis 40 ans, au sein de sa propre troupe, Akaji Maro fleurte avec la parodie, le grotesque et l’outrance, en maître du Butô, cette danse née de l'apocalypse nucléaire. En tirant son énergie de la catastrophe, le Butô s'affranchit des représentations artistiques venues de l'ancien monde, ce Japon qui se précipite vers la destruction atomique d'Hiroshima et de Nagasaki. 1945, c'est l'année zéro pour le Butô, autobaptisé danse des ténèbres, comme une réponse à l'anéantissement nucléaire.

Suicide Club MV

09m49

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Tatsumi Hijikata

Celui par qui le scandale est arrivé s'appelle Tatsumi Hijikata. En 1959, au cours d’un festival de jeunes danseurs, il se lance dans un happening de cinq minutes durant lequel il tue un poulet entre ses jambes. Influencé par les avant-gardes européennes comme par les poètes maudits français, Hijikata défend un language corporel minimaliste, dégagé de tout effet grandiloquent. Sa danse se nourrit des gestes quotidiens des paysans de la région de son enfance, le Tohoku. Subjugué par ces performances, Akaji Maro étudie le Butô auprès du maître pendant plusieurs années. En 72, Akaji Maro crée sa propre troupe, Dairakudakan, réalisant une fusion entre le théâtre et la danse Butô. Autant influencés par le shintoïsme que par le théâtre de l’absurde de Ionesco à Kafka, ses danseurs se produisent presque nus, le corps peint en blanc et le crâne rasé. Ils se déplacent avec une extrême lenteur, évoquant une vie primitive, dénuée des artifices de la vie moderne.

The Naked Summer Trailer

02m27

The Naked Summer Trailer

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Biographie

C'est dans ce monde sans repères que Maro a grandi : né en 43 dans un petit village de pêcheurs de la région de Nara, il voit sa mère s'enfoncer dans la folie après que son père officier de marine ait été tué durant la guerre du Pacifique. Orphelin à deux ans, il est élevé par sa tante à la campagne, où il se forge un caractère indépendant. Lassé d’être brimé par ses camarades d’école, il apprend la boxe et devient un jeune meneur charismatique, entraînant ses copains dans des expériences artistiques inédites.

Akaji Maro déboule à Tokyo au début des années 60 pour suivre des études de théâtre à l’Université. Il découvre alors l’effervescence du quartier de Shinjuku dont le gourou s'appelle Shūji Terayama. Les pièces de théâtre et les films expérimentaux de ce touche-à-tout de génie ouvrent une brèche dans un Japon jusque-là obsédé par sa culture classique. Creusant ce sillon libertaire, Akaji Maro rejoint la compagnie théâtrale Jokyo Gekijo, qui marquera, avec celle de Terayama, la vie artistique de l’époque. Après les décharges psychédéliques du Tokyo des années 60 et 70, Akaji Maro renoue avec la nature, dont il s'était éloigné depuis son enfance. C'est en chamane qu'il dirige alors son théâtre Butô.

De passage à Paris, Akaji Maro présente la nouvelle création de la compagnie Dairakudakan, L’Homme de Cendre. Il y est question d’une ville réduite en cendres, dans laquelle des hommes renaissent à la vie. Par une curieuse coïncidence, sa troupe répétait L’Homme de Cendre le 11 mars 2011, jour du terrible séisme qui ravagea l'archipel.

 

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Akaji Maro

6 photos

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Reportage : Yves Montmayeur

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