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BD

Les défricheurs de la bande dessinée

Auteur centenaire, BD sur le Web et édition indé : une fois n’est pas coutume, Tracks à choisi de vous parler du célèbre Festival international d'Angoulême en l’attaquant par la bande.

D’après un sondage interne, la bande dessinée reste l’accessoire préféré des gens qui passent trop de temps sur le trône, de ceux n’ont pas d’idée pour la Noël du petit cousin et des Belges en général. Pourtant, le territoire du 9e art, vaste et sinueux, mérite qu’on le cartographie dans ses moindres recoins. Du 25 au 28 janvier à Angoulême, c’est tout le gratin de la bulle qui est représenté : les plus gros succès commerciaux, les planches les plus pointues lues par des étudiants en école d’art, les artistes de renom qu’on invite à la télé et les collectifs punks qui relient leurs bouquins à la main. Voici un petit tour de scène de cette ménagerie illustrée.

2024

Créée il y a huit ans par Olivier Bron et Simon Liberman, 2024 édite des livres dessinés par de jeunes auteurs, avec ce qu’il faut d’élégance et de folie graphique pour qu’on en parle à la radio. Cette année, la maison concours au Prix du patrimoine avec Dans l’Infini, la réédition d’un auteur français du début du XXe siècle quasi inconnu : G. Ri. Pionnier de la SF et du fantastique, on ne sait toujours pas grand-chose sur le personnage si ce n’est qu’il dessinait des cartes pour l’École de Guerre. Ses dessins racontent des voyages de bonshommes en haut de forme, à la rencontre d’animaux extraterrestres étranges, au milieu de champignons géants...

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"Dans l'Infini" - G. Ri

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« Eugène Riousse, un auteur et ami, nous a mis le nez sur une image de G.Ri perdue sur un site US de vieux comics. Intrigués, on a tiré le fil et découvert tout une masse de récits dans la presse du début du XXème, principalement grâce à Gallica [bibliothèque numérique de la BnF]. On a pas mal racheté de vieux journaux, au gré des petites annonces, mais face à la difficulté d'accès aux documents d'époque, on a contacté la BnF pour leur proposer de travailler ensemble, et ils ont rapidement été partants. » 

En 2015, ils éditaient déjà des planches du peintre et illustrateur Gustave Doré :

« Dès la création de 2024, on avait envie de publier des ouvrages de patrimoine autant que des créations contemporaines. Doré était une découverte de Simon, et on a tout de suite été emballés : c'est très inventif et drôle, graphiquement c'est à tomber par terre, et ces livres n'étaient plus réédités depuis des décennies. En plus, âgé de 18/20 ans à l'époque où il a signé ces livres, il s'inscrivait pleinement dans notre catalogue de jeunes auteurs ! »

Éditions 2024

www.editions2024.com

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Vétérans du salon depuis dix ans, leur Festival de Cannes à eux est un passage crucial :

« L'an dernier, on a rencontré Mélenchon, il a adoré Tulipe, de Sophie Guerrive, d'ailleurs il en a parlé dans une de ses vidéos. Il y a deux ans, c'était Laurent Wauquiez, qui a adoré Les Derniers Dinosaures. Cette année, on veut au moins un selfie avec Poutine. »

EpOx et boTOx

On continue notre visite d’Angoulême du côté de Spin Off, le festival « off » dédié à l’édition alternative. Chez EpOx et BoTOx, collectif de micro-édition, c’est Aude Carbone qui fait tout à la main dans un atelier de sérigraphie. La collection met à l’honneur ses illustrations colorées à l’esthétique punk, représentant des chimères d’insectes chelou ou des bouts de corps rapiécés, mais aussi des ouvrages d’artistes qui lui on piqué l’oeil, comme Theo Vonwood. Pas de belles paroles, que des corps enchevêtrés, des portraits déformés, des couleurs et de la moisissure.

« J’ai mes gouts personnels, et une maison d'édition n’a de personnalité que quand la personne qui se cache derrière donne le ton. Ce qui m’intéresse, c’est le travail sur les corps, parfois torturés, la transformation, la sexualité, l’introspection... »

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"Strangers", Theo Vonwood

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Pour ses ouvrages singuliers comme les œuvres collectives (limitées à 36 pages : tout est fait main!), « c’est surtout des rencontres » nous dit-elle pour paraphraser Otis dans Mission Cléopâtre : « Je tenais à ce que soit inscrit dans les statuts de l’association le fait de promouvoir les artistes peu connus, qui commencent à peine. »

Sur les salons, l’avantage de faire tout soi-même c’est qu’on peut raconter de bout en bout la réalisation des livres au public intéressé. Et les bouquins voyagent de ville en ville au lieu de vivre cloitrés dans une cave...

« Mon esthétique est peu formelle, un peu trash. Les gens me demandent souvent pourquoi mes dessins ressemblent à ça. J’ai eu des visiteurs qui m’ont tenu la grappe pendant une demi heure en m’expliquant que ce que je faisais était trop violent et qu’ils pourraient pas afficher ça chez eux ! »

Attaque surprise

Sur le site d’Attaque Surprise, vous trouverez ni plus ni moins que le chaînon manquant entre la bande-dessinée et le webcomic. Les histoires sont publiées gratuitement sur le site, parfois agrémentées de planches animées, et d'un système de dons qui représente la seule source de revenus pour les auteurs. Les aventures sont parfois écrites à plusieurs mains, comme Le Secret des Cailloux qui Brillent dont les épisodes publiés périodiquement sont composés par différents artistes.

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"Le secret des cailloux qui brillent" - série collective

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Attaque Surprise

www.attaquesurprise.com

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Le Secret des Cailloux qui Brillent

http://lesecretdescaillouxquibrillent.com

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Dans cette histoire fantastique, une mercenaire aux muscles saillants se fait emporter dans une histoire de pierre magique, rencontre une chèvre qui parle et visite l’Île aux Mages. Absurde mais aussi mignon, les variations des coups de crayons aident à rehausser le goût de chaque épisode.