TRACKS NEWS / 14-11-17 / Jésus, Staline et Batman pa...
Way to the highway

Jésus, Staline et Batman partent pour un trip halluciné en Éthiopie

Le nouveau film de Miguel Llanso, réalisateur de Crumbs, est un mélange osé entre Matrix et James Bond. Les paysages fantastiques de l’Éthiopie sont la toile de fond d’un récit futuristique et loufoque, qui mêle réalités parrallèles, Union soviétique et réseaux sociaux… Bon voyage !

Avec Crumbs en 2015, Miguel Llanso signait le premier film de science fiction tourné en Éthiopie. Séduit par la culture et les paysages de ce pays d’Afrique de l’Est plutôt connu pour ses grands athlètes ou les famines, le réalisateur Espagnol tourne en ahmarique (la langue nationale) avec des acteurs du cru, et montre son œuvre dans une centaine de festivals. Le voici de retour avec un nouveau projet, Jesus shows you the Way to the Highway et une histoire sens dessus dessous : en 2035, la ville de Talinn (capitale de l’Estonie) est régie par un programme informatique tout-puissant, le Psychobook. L’agent D.T. Gagano enquête sur un virus appelé « Union soviétique », mais se trouve transporté dans une réalité parallèle en « Betta Éthiopie ». Là, il est pris dans un conflit entre le leader du pays, Batfro (affublé d’un costume de Batman très 60’s), et un leader de secte, le révérend Roy. Gagano veut rentrer chez lui, mais la route est tortueuse...

« C’est plus une histoire à la Matrix. On suit un gars qui se perd dans les tréfonds d’un système, de manière assez absurde. Le programme s’appelle Psychobook, en référence au réseau social. C’est un système qui nous force à faire des choses qu’on ne veut pas faire, à acheter des choses dont on n’a pas forcément envie. Le voyage du héros se transforme en film d’horreur, à la fin on ne sait plus trop où on est… » Miguel Llanso

Sorte de croisement entre les pastiches de films des années 1960, l’intrigue d’espionnage et la dystopie cyberpunk, Jesus shows you… ressemble à un melting pot des pires personnages et institutions qui gangrènent le XXe siècle.

« Dans Crumbs c’était une ambiance post-apocalyptique, ici on est plus proche de la dystopie. Il n’y avait pas vraiment de méchants dans mon précédent film, maintenant oui : des gouvernements corrompus, des entreprises, les organisations criminelles... En rentrant en Espagne, j’ai vu comme la crise était partout, avec l’Union européenne qui gère le tout comme une mafia. Et puis il y a eu l’élection de Donald Trump… Des personnages comme Hitler ou Trump ont un coté très cartoon, avec des personnalités extrêmes. Je crois que les gens sont attirés par ce genre de personnalités à certains moments de l’Histoire, en temps de crise notamment. »

 

Jesus shows You the Way to the Highway - Miguel Llanso

@Kickstarter

+
-

Aujourd’hui basé à Talinn, Miguel Llanso a pu tourner une partie du film à l’Hotel Viru, dans lequel un étage entier servait auparavant de base radio au KGB : des dispositifs de surveillance étaient installés dans toutes les chambres pour espionner les résidents.

« Une partie du film est tournée en Estonie, l’Union soviétique est encore très présente là-bas et tout le monde la déteste parce que c’était un occupant, un oppresseur. C’est une des forces de l’ombre qui régissent le monde. Les gens qui sont derrière ces idéologies n’ont pas disparu, ils se sont juste adaptés au changement et à leur environnement pour conserver leur pouvoir. C’est pour ça que dans le film Staline est devenu un dealeur international ! »

Malgré le côté fait-maison et absurde du traitement, attendez-vous à des scènes d’action de haute-volée, avec des pugilats entre combattants surentrainés :

« Pour les scène de combat avec les maîtres du kung-fu, on a des professionnels. Yared est combattant international de Jiu-Jitsu brésilien par exemple. Je ne savais pas qu’il y avait un tel engouement pour les arts martiaux en Éthiopie. On a eu que quelques jours pour préparer les chorégraphies, mais ils se sont très bien débrouillés. On a à nouveau filmé en mode guerilla, très vite. Je me suis beaucoup inspiré des films de Wakaliwood, les productions à petit budget qui viennent d’Ouganda. Je trouve ça fascinant à quel point on peut absorber et recycler tout un tas d’influences pour en faire quelque chose de nouveau. On peut se moquer de ce genre de réalisation, mais pour moi ça ressemble beaucoup à ce qu’a fait Picasso à l’époque avec le cubisme. »

Lors de son Interview pour Tracks en en 2015, on avait demandé à Miguel Llanso s’il s’attendait à recevoir un oscar : malgré l’envoi d’un gros jambon, chou blanc.

« On s’attend à encore moins de notoriété pour ce film là. Comme on le dit dans la vidéo sur Kickstarter, ce film ne deviendra pas un phénomène de masse, parce qu’il parle de chose sérieuses et importantes... »

Pour voir ou revoir notre rencontre avec Miguel, c’est ici :