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Obsolescence programmée : reprendre le contrôle sur les objets

Vous en avez marre de devoir changer de portable tous les deux ans ? Votre grille pain est mort un mois après l’achat ? Pendant ce temps là, des machines construites dans les années 1980 sont toujours au top de leur forme !

Non, cette photo n’a pas été prise dans un monde parallèle, mais en Pologne cette année : dans un garage de la ville de Gdansk trône donc un antique Commodore 64 en parfait état de marche. On est très loin de l’obsolescence pour cette machine vendue de 1982 à 1994, très populaire en son temps avant d’être supplantée par les modèles d’IBM. Avec sa gueule de vieux marin buriné par les éléments, l’antique micro-ordinateur (qui a survécu à une inondation !) sert depuis des lustres à équilibrer les arbres de transmission dans ce petit commerce.

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Le premier Apple Macintosh (1984), concurrent luxe du Commodore

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L’année dernière, un autre Commodore a prouvé sa durabilité héroïque : la machine tourne sans interruption depuis 25 ans, avec comme mission de réguler le chauffage et l’air conditionné de 19 écoles à Grand Rapids, dans le Michigan. Pas de doutes à ce sujet : si un cataclysme remet tout à plat dans les prochaines années, mieux vaudra miser sur un bon vieux Commodore que le dernier Pommebook, qui lui n’est pas fait pour durer.

L’obsolescence programmée, ce n’est pas seulement ce qui amène votre grille-pain premier prix à claquer au bout de la 500ème tartine, mais aussi tout ce qui vous oblige à remplacer un objet ou ses accessoires avant qu’ils ne rendent l’âme, pour diverses raisons : parce qu’il est passé de mode, parce qu’il n’est plus compatible avec une nouvelle génération d’objets, parce qu’une mise à jour le rend moins efficace ou parce que sa réparation est volontairement rendue inaccessible.

Le Mac irréparable
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Définie par la loi française depuis 2015, l’obsolescence programmée est punie d’une peine de 2 ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende : encore faut-il pouvoir le prouver ! C’est précisément pour cette raison que des associations militent pour que les consommateurs eux-mêmes soient acteurs de cette lutte pour des tartines mieux grillées, et pour plus longtemps. En France, HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée) et « Murks? Nein danke! » en Allemagne sont des alliés de choix.

En effet, le meilleur moyen d’éviter l’obsolescence programmée, c’est aussi de choisir des marques qui vous prennent un peu moins pour des chèvres. Pas besoin d’attendre que votre député soit pris d’une passion pour les droits des consommateurs, il suffit de croire un peu en la puissance de l’action collective. En association avec le site commentréparer.com (qui offre des conseils pour réparer soi-même des objets du quotidien), HOP a donc lancé la plateforme produitsdurables.fr, qui permet aux usagers d’aider leurs concitoyens à choisir leurs produits en fonction de leur durée de vie ou réparabilité (l’équivalent existe aussi en Allemagne avec « Murks? Nein danke! »). Premier objectif de ces plateformes : informer les consommateurs sur la durabilité ou au contraire la fragilité des produits disponibles sur le marché. Ensuite, si un produit se paye un nombre suffisant de remarques négatives par des clients cafardeurs, les données récoltées en très grand nombre peuvent être utilisées pour lancer une action collective en justice, contre les fabricants aux pratiques manifestement malhonnêtes.

Plateforme "Produits durables"

www.produitsdurables.fr

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Pour placer le sujet à portée de la politique, HOP lancera le 27 octobre une plateforme de consultation citoyenne, avec dans le viseur les élections présidentielles françaises de 2017. Après avoir recueilli les avis des consommateurs, experts, industriels, HOP prévoit de rédiger un Projet contre l’Obsolescence programmée, présentée aux candidats. Il est peu probable que ces plateformes empêchent le succès des dernières générations de smartphones à la mode, qui tentent de combler le vide en supprimant la prise jack : au moins, vous pourrez dire que vous avez été prévenus !

De quoi regretter son bon vieux Walkman ? Non, tout n’était pas mieux avant, mais la nostalgie qui entoure l’informatique préhistorique révèle parfois un sentiment de perte de contrôle sur ce qui nous appartient. Aux États-Unis par exemple, il est illégal de réparer quelque chose que vous avez acheté si cette réparation enfreint le droit d’auteur. Ce ne sont pas les moufles ou les couteaux-suisse qui sont concernés mais plutôt tout ce qui fait tourner du logiciel : des ordinateurs aux fameux objets connectés. Comme on nous annonce un futur peuplé de réfrigérateurs intelligents et de grille-pains parlants, mieux vaut faire son choix en toute connaissance de cause.