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OFF-TRACK épisode 2 : opération cyber-indépendance

Dans notre premier épisode, vous avez conquis votre liberté matérielle à la force de vos bras. Depuis le confort de votre hutte durable, il est temps de s’attaquer au nouveau monde : le cyberespace.

 Assis dans votre rocking-chair, lance-pierre sur les genoux, vous contemplez votre domaine : quelle fierté ! Vous avez accompli le rêve de tant de vos congénères saouls de modernité et vivez à présent en autarcie. Vous êtes hors du système et ne marchez que pour vous et vos frères. Empreint de liberté, oui, mais pas immunisé pour autant contre le charme des grands espaces numériques, il vous faut affirmer votre présence sur le Réseau sans lâcher un centimètre d’indépendance. Suant devant votre écran, vous vous retrousser les manches : on n’a pas fini de bosser...

CHOISIR SA MONTURE

Avant de s’élancer sur l’autoroute de l’information, il vous faut un point d’entrée, un fournisseur d’accès capable de vous connecter au réseau. Il s’agit de ne pas foirer la première étape, cruciale. Plutôt que les grands opérateurs du marché et leurs boîtes colorées, vous avez choisi de miser sur un partenaire qui promet de ne pas vous espionner, de ne pas faire de discrimination entre ses usagers et même de vous protéger votre vie privée en proposant des services de VPN (une connexion au réseau à travers un tunnel sécurisé). Pour faire partie de cette République numérique qui fleure bon l’utopie, il vous a suffi d’adhérer à un des nombreux fournisseurs d’accès associatifs (membres de la fédération FDN en France) qu’on peut trouver en France et en Allemagne. Organismes à but non lucratif et au fonctionnement démocratique, ces fournisseurs d’accès ont même une offre taillée pour votre cabane au fond des bois, comme l’association PC Light qui fournit une couverture Internet au lieux les plus reculés dans l’Yonne.

Fédération FDN (French Data Network)

ffdn.org

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Il est temps de mettre les mains dans la boite à câbles, et vous en ressortez avec un petit boitier muni d’une antenne. La Brique internet, votre nouvelle arme, ressemble aux box des opérateurs commerciaux, en plus cool. Cette boîte n’est pas un boulet, c’est un gage d’indépendance, et voici comment la monter :

La brique Internet

labriqueinter.net/

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Avec la Brique, Internet c'est facile - Tracks ARTE
Tuto : la Brique internet
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Même déconnecté de l’Internet, la brique peut être convertie en « Pirate Box », capable de se connecter à ses semblables. Avec vos collègues membres du club de l’autarcie, vous avez planté des PirateBox entre deux rangées d’arbres fruitiers. Vous avez ainsi à votre disposition un réseau qui n’appartient qu’à ceux qui cultivent ces précieux points de relai, formant un maillage sur lequel vous pouvez échanger informations et documents.

Pirate Box

Wikipedia

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ASSURER SES ARRIÈRES

Maintenant que vous avez accès au monde entier depuis votre bibliothèque en mélèze fabriquée à la main, vous vous dites qu’il serait tout aussi plaisant d’avoir accès à cette bibliothèque depuis le monde entier. On vous ne la fait pas, ces offres d’hébergement dans le « cloud » pour vos mails et vos documents, vous n’en voulez pas. Plutôt que de louer un petit coin de nuage dont on voudrait nous faire croire qu’il réside dans un éther inaccessible et non pas dans une ferme de serveurs quelque part en Californie, vous investissez dans un boitier maison. Une ordinateur dédié uniquement à l’hébergement de vos données, accessible à tous ceux qui ont les clés… et trônant dans un placard (que vous pourrez donc détruire définitivement le jour ou les selfies seront interdits par la loi). Photos, vidéos, tout est stocké sur ce boitier que vous avez construit de vos propres mains agiles grâce aux tutoriels que vous avez glané sur votre internet libre (votre cousin Bertrand, lui, a choisi un produit prêt à l’emploi).

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Tuto cloud personnel : Raspberry PI + Seafile

ouiaremakers.com

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RESTER SOUDÉS

Libre ! Même sur l’Internet, vous ne devez plus rien à personne. Vous roulez incognito et personne d’autre que vous et la tante Micheline n’a accès à vos vidéos de vacances sur l’île de Ré. Une fois passée l’ivresse de la victoire contre les ogres du Web, une lassitude se fait sentir et vous vient soudainement la nostalgie des réseaux sociaux. Qu’on était bien, à commenter ces après-midi sur ces sites qui relient amis et connaissances, s’adonnant au plaisir très humain du partage et de la communication ! Les mèmes et blagues vaseuses, même les agressions gratuites commencent à manquer dans cette oasis d’autonomie numérique. Heureusement, vous utilisez votre serveur personnel et domestique à bon escient et adoptez un jeune réseau social libre et fédéré : Mastodon. Sorte de clone de Twitter, le logiciel libre permet d’héberger chez soi une « instance » sur laquelle vont pouvoir s’inscrire de nouveaux membres, qui devront respecter les règles de la maison : on s’essuie les pieds avant d’entrer, et surtout pas de vannes sur le match d’hier soir… Repaires de pirates de l’Internet ou vitrine pour un gang de mamies adeptes du crochet, les instances sont « fédérées », reliées entre elles et on peut communiquer de l’une à l’autre. Sauf que tout reste entre vos mains, l’administrateur du serveur, sorte d’hôte bienveillant pour votre tribu.

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 Vous l’avez fait ! Vous naviguez dans le cyberespace en toute liberté. Contre toute attente, cette aventure vous a pris du temps, mais vous êtes venus à bout de l’exercice sans trop suer… Cette condition d’internaute libre serait-elle accessible au commun des mortels ? Votre aventure vous invite à y croire…

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