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Pentagon Papers

La sale guerre de Nixon au cinéma

A l’occasion de la sortie de Pentagon Papers, le nouveau film de Steven Spielberg, retour sur l’histoire rocambolesque de Daniel Ellsberg, l’homme par qui l’un des plus gros scandales d’état est arrivé. 

C’est l’histoire d’un scoop aussi explosif qu’une charge de napalm. Quand les premières bribes des dossiers secrets Pentagon Papers arrivent en 1971 sur le bureau de Katharine Graham, la directrice du Washington Post, elle sait qu’elle tient dans les mains de quoi faire potentiellement chuter l’administration américaine mais aussi son journal, sa carrière et finir derrière les barreaux. Et pour cause : le dossier détaille vingt ans de mensonges et de manœuvres du gouvernement américain dans la « sale guerre », l’offensive au Viêt-Nam. L’affaire est si spectaculaire, et le Post en retard par rapport au New York Times qui est aussi sur le coup, que Katharine Graham et son rédacteur en chef Ben Bradlee décident de publier ces révélations malgré l’interdiction de la Cour Fédérale obtenue à la demande du gouvernement Nixon. C’est à l’histoire de ce dilemme et de cette course contre la montre que Steven Spielberg a consacré son nouveau film, avec Meryl Streep et Tom Hanks dans les rôles principaux. Une fiction sur une page noire de l’histoire américaine déjà favorite des prochaines cérémonies des Golden Globes et des Oscars.

« Mettons ce fils de pute en prison. Il mériterait d’être envoyé au bûcher ». En apprenant la fuite, le Président Nixon jure d’avoir la peau de son auteur : Daniel Ellsberg. Ancien Marine devenu analyste militaire, Ellsberg travaille à la Rand Corporation, un think tank qui conseille le Pentagone sur la stratégie à mener au Viêt Nam. En 1969, il tient dans ses mains 7000 pages classées secret défense, qui détaillent les motivations réelles et les exactions des États-Unis au Viêt Nam. Après avoir transmis les dossiers du Pentagone à des sénateurs trop effrayés pour les relayer, Daniel Ellsberg en confie une partie au New York Times qui commence à les publier en juin 71. Puis, sous le manteau, à seize autres journaux. Après plusieurs semaines de fuite, Ellsberg se dénonce comme seul responsable pour protéger ses complices et encourt une peine de 115 ans de prison. Mais Nixon est inquiet qu’il ne fasse d’autres révélations, notamment sur son intention secrète d’utiliser la bombe atomique au Viêt Nam, et veut mettre Ellsberg définitivement hors jeu. Après avoir ordonné le cambriolage du cabinet de son psychanalyste pour tenter de le discréditer, le Président fait envoyer un commando à ses trousses. Les hommes de Nixon ratent Ellsberg de peu et une autre mission plus urgente les appelle : le cambriolage de l'immeuble du Watergate, les locaux du parti démocrate espionné sur ordre de l'administration Nixon. Ces hommes de main au service du Président sont arrêtés et jugés après la révélation de ce scandale par un autre lanceur d'alerte : W. Mark Felt, alias Gorge Profonde, alors numéro 2 du FBI. Nixon est forcé à la démission et la justice américaine abandonne les charges de vol, conspiration et d'espionnage jusqu’alors retenues contre Daniel Ellsberg. Ces deux scandales, les dossiers du Pentagone et le Watergate, qui ont tant éclaboussé la classe politique ont renforcé la contestation de la guerre du Viêt Nam et infléchi le cours de l’Histoire.

A 86 ans, Daniel Ellsberg reste la figure tutélaire des lanceurs d’alerte et continue activement à défendre ses protégés, Julian Assange, Chelsea Manning et Edward Snowden. Tracks avait pu rencontrer Daniel Ellsberg à San Francisco en 2013 et recueillir le témoignage de l’homme qui a passé sa vie à la risquer.