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READLIST

Sous la couverture, l'aventure !

Comment bien pratiquer l’adultère selon la baronne de Rothschield, faire correctement caca dans les bois ou cuisiner sa mère en salade ? Réponse avec notre readlist vintage, la playlist des livres improbables oubliés.

Il ne faut pas juger un livre à sa couverture (« don’t judge a book by its cover ») disent les Américains. Et pourtant, c’est au délit de couverture que nous vous avons concocté de quoi lire cet été avec une sélection de livres dont la jaquette nous a tapé dans l’œil. Voire frappé.

Roland Topor - "La cuisine cannibale"

« Embrassez maman sur les deux joues puis coupez-la en deux

Jetez dessus de l'eau bouillante

Otez la tête qui sourit avec bonté - elle vous couperait l'appétit -, la colonne vertébrale et tous les os qui peuvent être ôtés

Préparez les pommes de terre cuites à l'eau que vous couperez en
ronds et que vous mettrez en salade.

Mélangez les petits bouts de maman à la salade, et arrosez d'huile d'olive avant de servir.

Vous n'oublierez pas de glisser quelques roses blanches sous
le plat : elles protégeront la nappe, et puis maman les aimait tant.
 »

Un tantinet plus rock n’roll - et morbide - que Top Chef, voici le livre de cuisine anthropophage signé Roland Topor, le plus iconoclaste des dessinateurs français. Coups de couteau de boucher dans le haro sur la viande, ces recettes s’attaquent avec un humour noir à l’ultime tabou culinaire. On y apprend comment faire la « Tête de patron dans la purée », le « Pâté de campagnard » ou encore la « Soupe au fous ». De quoi vraiment apprécier son prochain. A table !

Roland Topor et André Ruellan - "Le manuel du Savoir-Mourir"

Suite logique des réjouissances une fois qu’on a mangé sa mère. Ou comment trépasser en beauté avec ces neufs leçons imaginées par Ruellan, qui fut médecin avant d’être romancier, et les illustrations fort justement intitulées « dessins paniques » de Topor. Ainsi soit-il.

Nadine de Rothschield - "Heureuse et pas fâchée de l’être"

C’est vrai qu’elle a l’air heureuse, Nadine, sur la couverture de son petit précis du quotidien joyeux pour épouse bien dans sa peau ! Est-ce la joie d’avoir réussi à décrocher les rideaux pour s’en faire une robe meringue XXL qu’elle arbore fièrement sur la couverture ? Eh bien non. Ce qui rend la baronne totalement jouasse, comme vous le serez Mesdames si vous suivez ses conseils, c’est d’avoir réussi à continuer à plaire à son époux même après vingt-cinq ans de mariage. Son secret : avoir su rester à sa place et ne jamais avoir essayé à être en compétition avec lui. Toujours un pas derrière son banquier de mari, voilà ce que recommandait la reine des manuels de savoir-vivre bourgeois. Car Nadine, elle les connaît, les bonnes femmes. Elle le dit haut et fort : « Les hommes sont faits pour avoir de l'argent ! Pas les femmes. Les femmes sont faites pour en demander » (surtout quand on est mariée à l’une des plus grosses fortunes franco-suisse). C’était en 1987 et clairement, la révolution sexuelle et vingt ans d’émancipation féminine n’étaient pas arrivés jusqu’au domicile des Rothschield. Pour les gourgandines qui pratiquent les parties de jambes en l’air hors mariage, Nadine, qui est opposée au divorce, a quand même un conseil : « L'adultère est possible, mais une femme ne doit jamais avouer. Même prise sur le fait, dans un lit, elle doit nier : "Non, ce n'est pas moi". Big up Nadine.

Kathleen Meyer - "Comment chier dans les bois : pour une approche environnementale d'un art perdu"

Non ça n’est pas une plaisanterie et ce manuel du parfait caca en bosquet, paru en 1989, livre de chevet des randonneurs du monde entier, est même un best seller international. On vous épargne les détails sur la façon de rendre hommage à cet « art perdu » qui, apparemment, nécessitait d’être retrouvé. Bon.

Donald L. Wilson - "L'augmentation mammaire grâce à la totale puissance de votre esprit"

Encore une fois, oui c’est sérieux et c’est même signé par un Docteur en médecine américain, un certain Donald L. Wilson (ce qui nous amène à penser qu’il est grand temps de faire une étude comportementale sérieuse sur la propension erratique de ceux qui portent le même prénom que le canard de Disney). Ledit Donald s’est posé, en 1979, une question bien existentielle : s’il est admis que nous n’utilisons que 10 % des capacités de notre cerveau, pourquoi ne pas utiliser les 90 autres pourcents restant pour essayer d’avoir de plus gros nénés ? (bah oui pourquoi pas ?  On ne va tout de même pas s’en servir pour essayer d’éradiquer le cancer ou la famine dans le monde, ce serait ballot). Surtout que le professeur es gros lolos a une méthode toute simple, basée sur l’auto-hypnose : « Vous vous imaginez face à un miroir. Et vous y regarder le reflet de vos seins. En mettant vos mains dessus, vous sentez à quel point ils sont devenus gros. Et vous voyez un sourire de satisfaction sur votre visage ». Voili voilou, c’est tout. Et Donald de conclure, tout fiérot, que contrairement à la chirurgie esthétique, sa méthode a le mérite d’être naturelle (ce qui nous pousserait à exiger une deuxième étude sur l’utilisation abusive du mot mérite). 

Gary Leon Hill - "Comment les morts qui s’ignorent se connectent au hasard à des personnes et comment gérer cette situation ?"

Ah en voilà une bonne question ! Qu’on ne se pose pas assez d’ailleurs… Oui, comment fait-on quand un mort qui ne sait pas qu’il est mort squatte votre corps ? Parce que selon cet ouvrage, la chose est beaucoup plus fréquente que ce que l’on ne croit. Pour preuve, cet essai détaille les dizaines de cas traités par Wally et Ruth Johnston, un psychologue et une infirmière en psychiatrie américains, chargés depuis les seventies de renvoyer les morts en transit hanter ailleurs. Souvent décédés de façon brutale (accident, assassinat) ou dans un état anormal (grande colère, drogues) ceux qu’ils surnomment les « autostoppeurs » ne savent pas qu’ils ont trépassé et leur âme se réfugie temporairement dans l’enveloppe charnelle du premier venu. A garder sous le coude parce que, même si on peut fantasmer sur un Rimbaud ou un Prince qui prendrait possession de notre corps pour continuer son œuvre post mortem, il y a quand même 99,9 % de chances qu’on se retrouve plutôt coincés avec feu tata Yvette, qui votait FN et aimait manger de la tête de veau au petit déj. D’où l’utilité de savoir comment faire pour la renvoyer dans l’au-delà voir si on y est.