TRACKS NEWS / 20-08-14 / Riders à la cool

Riders à la cool

Lassés de passer leur temps à sauter des escaliers ou à se cloîtrer dans les skate-parks, les skaters de Los Angeles ressuscitent le free spirit de la fin des 60's.

Patrick Melcher

En 61, à Los Angeles, le champion de surf Phil Edwards et Mickey Muñoz, surnommé "la mangouste", en raison de sa position sur sa planche, trouvent la parade aux jours sans vagues en inventant le skateboard. Quarante ans plus tard, Patrick Melcher glisse dans le sillage de ses aïeux. Son spot favori pour cruiser est au cœur de Downtown L.A., le quartier des affaires. Ici, la pauvreté et la drogue se sont enracinées au pied des buildings.

Né dans l'Illinois à une heure de Chicago, Patrick Melcher prend ses cliques et ses claques pour gagner la Californie à la fin des années 90. Devenu professionnel, ce gentleman skater se fait remarquer avec ses tricks atypiques et son style tout en fluidité. Avant de trouver sa voie, Patrick s'est esquinté. Fin 2009, ses potes organisent même une soirée de soutien pour financer l'opération de son coude fracturé.

Dans la vie comme sur un skate, Patrick ne fait pas les choses à moitié. Végétarien convaincu, Melcher ne consomme ni viande ni alcool. Influencé par son camarade Richie Jackson, il décide de se laisser pousser la moustache et le fait sans frein à main. En 2009, Patrick décroche même la seconde place au concours international de moustache impériale. Le skate sort de l'ombre au milieu des années 70 avec la percée des Z-Boys, un crew de gamins originaires de Venice Beach. En 76, alors que la sécheresse vide les piscines de Californie, ils glissent à l'intérieur et inventent le bowl. Très influencés par le surf, Stacy Peralta, Tony Alva et Jay Adams posent les bases du skate de rue.

Dans les années 80, la discipline se professionnalise et devient un sport grand spectacle multipliant les prises de risque et les "gap" suicidaires. Mais pour Melcher et ses acolytes, pas question de se fondre dans le moule. Désormais, lorsque Melcher se rend au skatepark, ça n'est pas pour s'acharner à rentrer le dernier trick à la mode mais pour ressentir la courbe à la façon du surfeur sur sa vague. Un art de la glisse qui a fait sa réputation.

 

Patrick Melcher Death video part

04m44

Patrick Melcher Death Video Part

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Patrick Melcher

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Dans sa croisade pour un skate cool et poilu, Melcher n'est pas seul. Il peut compter sur l'équipe de "2headedhorse" qui produit et réalise des programmes télé où planche à roulettes et humour surfent ensemble. Ce jour-là, Patrick est invité à rider… une cabine téléphonique.

Avant de devenir d'honorables producteurs, Ted Newsome et Laban Pheidias gravitaient au début des années 90 dans le milieu du skate. Le premier en tant que skateur pro et le second comme directeur artistique de "Transworld", le magazine culte des accrocs des roulements à billes fondé en 83. Ils lancent leur boîte de prod 100% végétarienne en 2005 et s'installent dans le quartier bobo latino de L.A. : Echo Park.

Ted Newsome: "On vit dans notre petite bulle, on ne se préoccupe pas de la dernière vidéo sortie, ou du skateur à la mode. On vit dans notre propre petit monde et on bosse avec les potes. C'est comme Melcher ; quand on l'a croisé on s'est dit qu'il était trop cool et tellement créatif. C'est un des mecs les plus créatifs qui soit sur un skateboard."

Avec American Misfits, le duo innove en créant une série comique à base de skate. Ces boute-en-train ont ainsi sillonné les Etats-Unis dans un corbillard roulant au bio carburant. À l'intérieur, on y trouve une de leurs inventions : un cercueil customisé pour être skaté.

Laban Pheidias: "On avait "American Misfits" qui était diffusé et on essayait de convaincre le diffuseur que "Construit pour déchirer" pouvait être un bon show mais ils n'y ont pas cru pendant un moment. Alors on a tourné bout par bout jusqu'au dernier, mais on ne s'est pas arrêté. On leur a montré, c'était sans fin. En fait c'est sans fin parce que tout ce que tu peux pas skater tu peux le déchirer."

"Built to shred", "Construit pour déchirer", est la dernière lubie de ce duo bien roulé. Cette émission réconcilie enfin les fous du marteau et de la perceuse à percussion avec les mordus de la planche à roulettes. Au fil des épisodes, ces experts en décoration transforment tout ce qui leur tombe sous la main en surface à skater.

Gareth Stehr

Gareth Stehr suit à la trace Patrick Melcher. Ce Néo-zélandais de 27 ans a fait le pèlerinage au pays des Z-boys pour se convertir au freak skate. À coup de "boneless", "airwalk" ou encore "hippie jump", Gareth revisite les tricks de ses idoles en les poussant aux extrêmes. Entre deux sessions de ride, il se plonge dans l'art. Depuis son arrivée en Californie, il expose de plus en plus souvent ses œuvres dans les galeries de Los Angeles.

Le petit Gareth grandit dans la campagne néo-Zélandaise près de Auckland. Initié au skate par son grand frère, il se révèle doué pour cette discipline. Gareth abandonne alors son boulot de technicien médical pour tenter sa chance aux Etats-Unis. Devenu pro rapidement, il se marie en 2005 et jette l'ancre à Los Angeles.

Gareth et Patrick font rimer roulement à bille et cambouis. Aussi à l'aise aux commandes de leur bolide que de leur planche, ces skaters se font un trip vers les sixties.

Passionné de bécane, Gareth a passé près d'un an à monter entièrement la sienne. Dès que l'occasion se présente, les deux bikers enfourchent leur custom bike pour une virée vers les spots de skate aux alentours de L.A..

Cataclysmic Abyss: Gareth Stehr

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Cataclysmic Abyss : Gareth Stehr

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Richie Jackson

"Tu ne réduiras pas en miettes ton skate", ce pourrait être le premier commandement des riders à fleurs. Bouclettes au vent, Richie Jackson est le messie de ces skaters peace and glisse. Cet hérétique snobe les têtes cramées de la planche à roulettes. Premier de la bande à scotcher sur les années 60, Richie Jackson est le pionnier du skate psychédélique. À 25 ans, ce Néo-zélandais fait des chemises à fleurs sa seconde peau. Dans ses performances, il ressuscite des tricks tombés dans les oubliettes des années 70. C'est en postant des vidéos sur internet que Richie se fait connaître. Lorsque Patrick Melcher tombe dessus, c'est le coup de foudre.

Patrick Melcher: "Je lui ai envoyé un mail du genre: "Mec, je suis vraiment impressionné par ce que tu fais. Si tu passes aux States, tu peux squatter à la maison, on va tripper ensemble. Il m'a répondu direct: "Je viens d'acheter mon billet... enfin, je finis mon mail, et j'achète mon billet, j'arrive!" Et moi : "Waow je connais pas ce mec, y’a peu de chance mais c'est peut-être un défoncé, qui sait ? Mais bon c'est l'aventure." Il s'est pointé et il a passé trois mois à la maison, aussi longtemps que possible avec un visa touriste en Amérique. Ça roulait entre nous on était connecté à plein de niveaux. Et puis après il est rentré chez lui pour réinitialiser son passeport et il est revenu pour trois mois de plus. C'était comme le coloc'-meilleur pote sorti de nulle part. C'est ça qui est cool dans le skate, c'est comme l'odorat des chiens qui est tellement sensible, ils savent à l'avance s'ils vont s'affronter ou être bon amis... c'est pareil dans le skate."

Bloqué en Australie pour des problèmes de visas, Richie Jackson ne peut plus rejoindre sa bande aux Etats-Unis. Les Easy Riders du planchon cruisent en attendant son retour. Comme chaque dimanche, Patrick et Gareth s'échappent des artères de Downtown pour se rendre dans l'un de leur spot secret.

 

Richie Jackson - Death Skateboards

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Richie Jackson - Death Skateboards

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