TRACKS NEWS / 10-09-16 / Science, fiction et avenir
Science fiction

Science, fiction et avenir

La SF est à l’honneur cette semaine à l’occasion de la diffusion de « Tracks special Science Fiction », avec le pionnier du cyberpunk Bruce Sterling. Premier volet : ces grands plumes de la SF qui, à force de jouer avec le futur, ont inventé notre présent. 

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Sans science, pas de science fiction, et c'est surtout vrai pour les auteurs à ranger du côté terminale S. Isaac Asimov, docteur en biochimie et un des pères de l'imaginaire futuriste, a élaboré dans son oeuvre des concepts ultra-poussés comme les lois de la robotique ou le voyage en hyperespace, qui ont influencé tout le genre. Même s'il s'agit de concepts littéraires, la rigueur scientifique avec laquelle ils sont développés les rapproche au plus près du boulot des vrais chercheurs. On n'est toujours pas entouré de robots humanoïdes et vous ne pouvez toujours pas passer vos vacances sur la Lune, mais on s'en rapproche : merci Asimov !

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Isaac Asimov

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La NASA aussi peut dire merci à tonton Isaac. Les discussions autour du voyage spatial ont commencé en littérature avant d'atteindre le champ de la politique, de la recherche et des dollars. Lorsque le premier être humain pose le pied sur le sol lunaire en 1969, Asimov défend ardemment le financement de la recherche spatiale face aux sceptiques. La chaîne américaine CBS choisit Arthur C. Clarke, auteur de "2001 : l'Odyssée de l'Espace" et diplômé en mathématiques et en physique, pour commenter l'alunissage d'Apollo 11. Pour enfoncer le clou, le premier prototype de navette spatiale a été baptisé "Enterprise" par la Nasa, comme le célèbre vaisseau de Star Trek. Sans science fiction, c’est plus difficile de justifier ces dépenses dans la recherche spatiale.

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"2001, l'Odyssée de l'Espace"

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La course aux étoiles est moins à la mode depuis, mais l'influence de la "hard science fiction", ces écrits qui calquent au plus près des dernières découvertes scientifiques, est toujours palpable. Plus proche de nous, le britannique Alastair Reynolds, auteur de la série de romans "Revelation Space", qui raconte l'expansion de sociétés humaines dans l'espace. Reynolds commence à écrire alors qu'il est étudiant, et continue à le faire pendant les dix ans où il est astronome pour l'Agence Spatiale Européenne dans les années 2000, avant de se consacrer exclusivement à son métier d'auteur. L'ASE ne se contente pas d'embaucher des scientifiques férus de fiction et commandite en 2001 l'étude "Les nouvelles technologies dans la science fiction", avec pour objectif d'aller piocher dans les récits SF les prochaines innovations spatiales.

"Les nouvelles technologies dans la science-fiction"

@ Agence Spatiale Européenne

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Le site Dystopia Tracker, dont la version française a été réalisée par Arte Future, recense toutes les inventions de la SF qui ont traversé le mur de la fiction pour devenir réalité. Ainsi le fameux "precrime" du "Minority Report" de Philip K. Dick (1956), un service de police capable de prédire toutes sortes d'atrocités avant qu'elles n'arrivent, devient par exemple le logiciel "Precobs" utilisé par la police de Zurich depuis 2014, capable de prédire où et quand de nouveaux crimes vont se produire. 

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"Minority Report"

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Impossible de résumer la SF à la conquête des étoiles ou aux fantasmes de technophiles acharnés. Les récits fantastiques de Jules Vernes - l’un des premiers à avoir imaginé l'alunissage dans "De la Terre à la Lune", cent ans pile avant le premier alunissage de 1966 - ont été écrits au moment où la société devenait industrielle, ce qui n’a pas rendu l'auteur technophile pour autant, loin de là… Son "Paris au XXe siècle", dans lequel il anticipe en vrac le règne du profit, l’apparition des banlieues et l’explosion du trafic automobile, est un monceau de pessimisme où futurisme rime avec aliénation de l'Homme et mort de la culture. 

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"Sortie de l'opéra en l'an 2000" - Albert Robida

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Souvent, l’auteur de SF se fait oracle malgré lui. Et en pointant du doigt les affres du progrès, il livre parfois un manuel détaillé de ce qu'il ne faut pas faire mais qu'on va faire quand même. "Le Meilleur des Mondes" qu’Aldous Huxley écrit 1931 imagine une société dans laquelle le divertissement est roi, le sexe uniquement à vocation récréative et l'usage de drogues anxiolytiques généralisé (Allô ? Non mais allô quoi !). Quant au roman "1984" de George Orwell, un ancien flic, qui détaille une société sécuritaire où la surveillance généralisée, il est devenu le livre de référence dans tous les services secrets du monde, dont la NSA. 

Ce côté "prophétie auto-réalisatrice" des récits de science fiction atteint son paroxysme dans les eighties avec l’émergence du cyberpunk. Les pionniers du genre comme William Gibson ou Bruce Sterling sont les premiers à faire entrer dans la culture populaire les concepts de réseau, hacker, données, insurrection numérique et réalité virtuelle. Ici, plus de conquête spatiale mais une exploration du cyberespace et des méga-corporations qui contrôlent un monde où la technologie est accessible à une humanité implantée de puces et autres prothèses en téflon. 

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"Neuromancien" - William Gibson

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Des fantasmes de transformation de l'être humain qui ont inspiré les maîtres actuels de l'Internet (et de l'économie). Les créateurs de Google, Serguey Brin et Larry Page, ne se cachent pas d'être férus de science fiction et le clament à qui veut l’entendre : "Nous voulons faire de la SF une réalité ». Si la mayonnaise des Google glass  n’a pas vraiment pris, la multinationale continue activement ses recherches sur l’extension de la durée de vie humaine avec sa filiale Calico, société spécialisée dans les biotechnologies dont l’ambition affichée est de « tuer la mort ». Rien que ça… 

Si on vit déjà entouré d'objets futuristes, quelle place reste-t-il pour la science fiction ? Pour certains le genre est dépassé, incapable de se projeter plus loin que la recherche scientifique, bien plus complexe et vaste qu'il y a soixante ans. Sauf que la SF ne prédit pas l'avenir : elle imagine des futurs possibles, et nous parle toujours du présent. Colon sur Mars, cyborg augmenté, techno-hippie vivant dans les arbres ou gourou de l'apocalypse : à vous de choisir votre camp…

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