TRACKS NEWS / 19-04-17 / En Turquie, E.T. joue toujo...
sci fi = lol

En Turquie, E.T. joue toujours la comédie

Du côté d’Istanbul, les films de science-fiction restent aujourd'hui dans la veine des nanars des années 1970 : des aliens, des robots et de l’humour !

On prête à la science-fiction des valeurs exorcisantes, une capacité à tordre le cou aux angoisses du moment en les exposant au grand jour. On se délecte aussi des space operas pour leurs univers grandioses et exotiques, propices à l’enchantement. En Turquie, la science-fiction suit une recette simple : la bonne tranche de rigolade. La plupart des films sont des comédies absurdes visant un grand public, comme le récent Kolonya Cumhuriyeti (La République de l’eau de Cologne) : le maire d’un village déclare son indépendance et fait la guerre aux États-Unis, avant de rencontrer une race extra-terrestre… La bande annonce ressemble à s’y méprendre à une comédie populaire comme on en voit chez nous, sauf qu’un alien qui parle turc sans le moindre accent se fait éclater sa soucoupe par un boulet de canon, se grille une clope sous le choc puis se bat à coups de balai. Appréciez :

Kolonya Cumhuriyeti - Teaser | English Subtitles (In Cinemas Across Europe on 20 April)
Kolonya Cumhuriyeti - teaser
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La SF anatolienne est une blague qui ne date pas d’hier. Découverts par les nanarophiles du monde entier grâce à l’Internet, les films produits en Turquie dans les années 1970/80 sont reconnus comme d’excellents navets, caractérisés par un pillage d’images et de musiques de productions américaines. Qui n’a pas encore vu ces passages du désormais fameux « Star Wars turc », au montage épileptique et qui emprunte sans remords des images du « vrai » Star Wars et la bande-son d’Indiana Jones ?

turkish star wars.wmv
Turkish Star Wars
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Après la seconde guerre mondiale, le gouvernement finance la production de films, aux connotations traditionalistes et nationalistes. Dès les années 1960 et jusqu’au coup d’État de 1980, le pays est un des plus gros producteurs de cinéma du globe. Certains réalisateurs tournent jusqu’à vingt films par an, si bien que l’inspiration ainsi que le budget finissent par manquer. Comme certains films sont interdits sur le territoire, la solution est toute donnée : adapter les succès produits à l’étranger, avec les moyens du bord et cuisinés pour le public turc ! C'est le sujet du documentaire Remake, Remix, Rip-Off du réalisateur berlinois Cem Kaya, que Tracks a recontré en 2015.

Remake, Remix, Rip-Off - Tracks ARTE
Tracks : Remake, Remix, Rip-Off
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Le cinéma turc n’est pas le seul à avoir produit des films à budgets réduits quand hollywood se pavanait avec ses millions. Mais depuis sa professionnalisation à partir du milieu des années 1990, l'industrie locale assume l’héritage de cette science fiction du terroir, assortie d’humour et de pastiche. Ce n’est pas parce qu’on vole à une vitesse supra-luminique qu’on ne peut pas sa faire un bon café chemise ouverte et toison à l’air. En 2008, le fameux « Star Wars turc » a même droit à une suite, cette fois volontairement kistch ! On y retrouve le même acteur principal, turc patriote sauveur de la galaxie qui se retrouve à pérorer en hologramme devant une nouvelle génération de héros pastiches et leurs astronettes en mini-jupe.

Dünyayi kurtaran adamin oglu fragman
Dünyayı Kurtaran Adam'ın Oğlu
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Un des plus grands succès modernes est dû au comique et scénariste Cem Yilmaz avec son film à gros budget G.O.R.A. en 2004. Ce film parodique, dans la veine du classique Spaceballs de Mel Brooks, raconte l’histoire d’un vendeur de tapis enlevé par des aliens et confronté à un conflit galactique. Notre héros turc se grille une clope avec un tir de laser qu’il vient d’éviter, puis s’étonne que tout le monde parle turc dans cette galaxie et se demande bien comment y reconnaître les vrais...

GORA | English Trailer
G.O.R.A. - trailer (english subtitles)
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Grand succès populaire dans le pays, il aura droit à une suite en 2008, AROG, avec un détour dans le passé préhistorique. Un troisième opus est prévu pour 2017, dont la bande annonce prouve que la SF turque n’a pas à rougir de ses moyens mais garde visiblement la dérision comme arme principale. Alors que le programme spatial turc, en phase de conception, doit permettre au pays de lancer ses propres satellites, ses films inimitables et au ton moqueur volent déjà bien plus haut.

ARİF V 216 FRAGMAN
ARIF V 216 - teaser
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