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Genesis P.O.

Genesis P. Orridge a besoin de vous

Il est le pionnier de la musique industrielle, le premier pandrogyne au monde et une icône majeure de la contreculture. Mobilisation artistique cette semaine pour Genesis Breyer P. Orridge, atteint d’une leucémie.

Il est le père fouettard putatif des enfants les plus terribles du rock, de Marilyn Manson à Nine Inch Nails. Il faut dire que la première bonne fée à s’être penchée sur le berceau de Genesis P. Orridge s’appelle William Burroughs (qui n’est pas exactement la gentille marraine de Cendrillon). Il n’a que vingt ans à peine quand le père de la Beat Generation l’initie au dynamitage littéraire et aux sciences occultes. Né Neil Andrew Megson en 1950 à Manchester, Genesis P. Orridge est musicien, performer, écrivain et surtout dynamiteur de normes. Avec son premier collectif artistique, COUM Transmissions, il perturbe le Swinging London de la fin des sixties à coup de happenings extrêmes pour exploser les tabous - sexe, paranormal, scatologie – faisant des remous jusqu’au Parlement britannique qui qualifie publiquement le collectif de « fossoyeurs de la civilisation ». Avec Throbbing Gristle, créé en 1975, Genesis P. Orridge pose les jalons de la musique industrielle, explorant toujours les thématiques sulfureuses, du porno aux tueurs en série…

Alors que le piercing est encore un secret bien gardé de la communauté gay, Genesis P. Orridge le sort du placard pour y initier les fans de Throbbing Gristle sous le manteau, avant tout le monde, ce qui lui vaudra d’éviter de passer de justesse par la case prison. Au début des années 1980, avec Psychic TV, précurseur de l’acid house et influence revendiquée de figures majeures de l’électro comme Aphex Twin, il révolutionne une nouvelle fois la musique. Radical jusqu’à la moelle, c’est une autre barrière que Genesis P. Orridge fait exploser au début des années 2000 : celle du genre humain, qu’il juge archaïque. Avec sa deuxième femme, la musicienne Jacqueline Breyer, alias Lady Jaye, il donne naissance à Genesis Breyer P. Orridge, le premier être « pandrogyne », hermaphrodite fruit de leur amour et de nombreux passages sur le billard. Même nez, même bouche, même pommettes et même seins (Genesis allant jusqu’à se faire poser des prothèses mammaires), le couple se fait refaire le portrait pour se ressembler au maximum et ne fait, littéralement, plus qu’un : un être dont Genesis et Lady Jaye incarnent les deux facettes, et que Tracks avait rencontré en 2004. Une odyssée de l’espèce unique à découvrir dans le documentaire The Ballad of Genesis and Lady Jay.

Foudroyée par un cancer du foie, Lady Jaye disparaît brutalement en 2007, laissant sa moitié seul et inconsolable… Et c’est en se plongeant dans la magie noire que Genesis, aujourd’hui âgé de 67 ans, tente à la fois de conjurer ce coup du sort et une nouvelle expérience. A deux reprises, il se rend au Bénin, l’un des pays où le vaudou est le plus répandu et qui détiendrait le record de naissance de jumeaux. Dans ce culte des divinités surnaturelles, les jumeaux sont vénérés comme des dieux et quand l’un trépasse, l’autre porte sur lui une petite figurine à son effigie. Celle de Lady Jaye ne quitte pas le cou de Genesis, telle une amulette, alors qu’il sillonne le Bénin à la rencontre de sorciers qui l’initient aux rituels vaudous afin de se « connecter » à sa moitié défunte. Un drôle de rendez-vous en terre inconnue entre une figure de l’avant-garde artistique et l’une des plus mystérieuses mystiques du monde et que raconte le documentaire Bight of the Twin, visible en streaming sur le net sur le site du film (www.bightofthetwin.com).

Alors que Genesis Breyer P. Orridge se bat depuis un an contre une leucémie, ses héritiers artistiques plus ou moins directs se sont mobilisés pour lui venir en aide avec deux albums disponibles ce 6 février sur le label Unknown Pleasures. Deux disques de reprises, signées par Marc Hurtado (ex complice d’Alan Vega), par la pointure de la techno hardcore The Horrorist ou encore Peaches, dont les bénéfices serviront à payer les coûteux traitements médicaux de Genesis. Et peut-être ainsi permettre à celui qui s’est toujours joué de la fatalité de déjouer ce mauvais coup du destin.