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Thomas Pesquet, disciple de l’art céleste

Décollons à la découverte des œuvres d’art qui gravitent dans l’espace, dont la première création en apesanteur signée par l’astronaute Thomas Pesquet.

« Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’art ». Ainsi parle Thomas Pesquet, paraphrasant Neil Armstrong, à propos de l’expérience inédite qu’il a accomplie : créer dans l’espace une œuvre conçue pour l’espace. Réalisé à 400 kilomètres de la Terre lors de sa mission à bord de la Station Spatiale Internationale, le « Téléscope intérieur » a été imaginé par Eduardo Kac lors de sa résidence à l'Observatoire de l'Espace (laboratoire culturel du CNES). Pionnier de l’art biotech, ce Brésilien de 55 ans avait agité la sphère artistique en 2000 avec « Alba », son lapin albinos rendu fluorescent grâce à une protéine issue d’un gène de méduse. Pour le Professeur Tournesol de l’art contemporain, collaborer avec l’astronaute français n’a rien d’une lubie. Depuis toujours, Eduardo Kac multiplie les collaborations avec le milieu scientifique. Dès 1983, il invente la « holopoésie », des textes flottants en trois dimensions et, trois ans plus tard, signe sa première œuvre en téléprésence en utilisant la robotique commandée à distance. En 2003, Tracks avait rencontré l’homme qui faisait briller les lapins dans le noir.

En 2007, Eduardo Kac signe Space Poetry, un manifeste qui défend l’idée que la poésie ne peut se renouveler que si le langage se libère des contraintes de la pesanteur. C’est au même moment qu’il imagine son « Télescope intérieur » : une œuvre en papier basée sur trois lettres enchevêtrées en forme de télescope, M.O.I., petite poésie destinée à flotter au dessus de la Terre. Avant de décoller pour la Station Spatiale Internationale, Thomas Pesquet a pris les instructions précises d’Eduardo Kac afin de pouvoir réaliser l’œuvre dans l’espace. Une création artistique et scientifique que retrace Télescope intérieur : une œuvre spatiale d’Eduardo Kac, documentaire signé Virgile Novarina, qui sort cette semaine en DVD et sera projeté le 27 janvier lors des Journées Internationales du Film sur l'Art à l'auditorium du Louvre.

Si le « Télescope intérieur » d’Eduardo Kac est la première œuvre pensée pour être créée en apesanteur dans l’espace, elle n’est pas la première création artistique à quitter le plancher des vaches. En mars 1965, le cosmonaute russe Alexei Leonov, damant le pion aux Américains avec qui les Soviétiques se disputent alors la conquête de l’espace, est le premier humain à sortir de sa capsule et à flotter dans l’espace pendant une dizaine de minutes. Peintre à la vocation contrariée, Leonov a emporté avec lui une boîte de crayons de couleurs reliés par des fils et dessine le lever du soleil sur la Terre, la toute première œuvre humaine réalisée dans l’espace. 

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Alexei Leonov

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En 1969, six stars de l’art contemporain, dont Robert Rauschenberg et Andy Warhol envoient vers la Lune le « Moon Museum » : une tuile en céramique sur laquelle les artistes ont réalisé chacun un petit dessin et embarquée à bord d’Apollo 12. Ce musée miniature posé à quelques 380 000 kms de la Terre est également la première obscénité spatiale puisque Warhol, prétextant de signer avec ses initiales, y a joliment gravé un petit pénis…

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Moon Museum

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Dans les seventies, c’est un disque, et même un disque d’or, qui a été lancé dans l’espace : le Voyager Golden Record dont nous vous avions parlé il y a quelques temps. Une « bouteille à la mer interstellaire » envoyée dans l’espace en 77, destinée aux petits hommes verts pour leur faire entendre la diversité de l’Humanité en sons : textes littéraires, musique classique mais aussi bruits de nature, d’animaux et même cris de nourrissons… A ce jour on ne sait pas si les Martiens y ont jeté un oreille et du coup préféré s’abstenir d’entrer en contact avec les humains ou si, contrairement à nous, ils n’ont tout simplement pas succombé à la mode du retour du vinyle et donc ne disposent pas de platine pour écouter la galette dorée. Extraits pour partir en plein trip interstellaire… 

Dernière œuvre spatiale en date : Orbital Reflector, de l’artiste et géographe américain Trevor Paglen, un satellite en forme de gros ballon brillant comme un diamant qui sera lancé au printemps 2018 et devrait briller deux mois dans l’espace. Preuve supplémentaire que pour l’art, désormais, il n’existe plus de plafond de verre.