Soyez heureux ! Faites du sport ! Mangez des pommes !

Les auteurs André Spicer et Carl Cederström ont passé une année à tester les méthodes de bien-être : muscu, jogging, injections, relaxation, analyse de chakras… Toujours pas convaincus par ce régime idéal, ils dénoncent la formation d’une idéologie.

De retour avec André Spicer et Carl Cederström, auteurs du livre Le Syndrome du bien-être, Tracks plonge nos deux chercheurs en sciences sociales dans un caisson d’isolation sensorielle : un bain ultra salé à 37 degrés coupé du monde extérieur afin d’oublier toutes les pesanteurs… Plutôt que de profiter de ce moment de calme et de sérénité, probablement inspirés par nos caméras, ils continuent de questionner cet impératif du bien-être :

« Tu peux voir le bien-être comme une idéologie parce que personne ne le remet en question. Un sondage a été publié, dans lequel on interroge 3 000 cadres suédois. On leur demande s'ils seraient plus performants dans leur travail s'ils faisaient du sport. 95% répondent oui. Aucun n'a pu dire pourquoi il deviendrait un meilleur cadre, un meilleur parent, un meilleur amant, ou une meilleure personne. » Carl Cedertström

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André Spicer & Carl Cederström

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Saviez-vous que la star des salles de gym, le tapis roulant, était une innovation issue du milieu carcéral ? Au XIXe siècle, l’activité est imposée aux détenus pour lutter contre l’oisiveté à raison de plus de six heures par jour. Il s’agit de remettre le corps en marche pour que l’individu se réintègre à la société. Un peu plus tard, le régime nazi est le premier à interdire la cigarette dans les lieux publics, craignant l’infection du grand corps de la race aryenne par des individus malsains…

« Beaucoup de gens estiment qu’ils ne font pas du sport uniquement pour eux-mêmes, mais qu’ils le font pour rester compétitifs, pour améliorer leur valeur sur le marché. Aujourd’hui nous ne faisons pas face à un fascisme de la santé mais plutôt à un capitalisme du bien-être. » Carl Cedertström

Persuadés d’oeuvrer pour leur bien-être individuel, les individus modernes s’affublent de bracelets électroniques connectés, parfois encouragés par les entreprises ou les assurances. Des gadgets qui provoquent excitation et stimulation mais restent des outils de surveillance volontaire.