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Tracksploration : Le Japon dans la peau

Agence de voyage ? Magasin de jouets ? Ce temple pour otaku est un salon de tatouage dédié à la pop-culture japonaise, où les adeptes du japonisme sont comme à la maison.

Quand on pénètre dans le studio d’Issa, 40 ans, il faut d’abord se séparer de ses souliers avant de s’installer dans le coin tatami. Si vous êtes sages, on vous servira même le thé : ce n’est pas parce que le ton est jovial et les caractères électrisés qu’il n’y a pas des rituels à respecter. Le commerce donne sur la rue, mais une fois les portes opaques refermées l’ambiance du « shop » impose à tous les visiteurs de quitter le 11e arrondissement de Paris. Sur fond de bande originale d’anime se dessine un paysage dense, marqué par le rose et le doré, habité de figurines à l’effigie de héros de mangas, de rutilantes épées en plastique, d’une de tête de robot et d’accessoires de cosplay. Un véritable enfer pour politicien français des années 1980, quand la télé se remplissait de créations japonaises jugées violentes ou obscènes... Au milieu de cette jungle-hommage à la pop-culture japonaise, une étagère pleine à craquer recueille les catalogues, artbooks et mangas qui vont donner de l’inspiration aux mains qui travaillent dans l’atelier. Trônant à côté d’un bureau, une affiche de type kakemono réalisée par le maître des lieux pour la Japan Expo figure une jeune fille dessinée dans un style typique du manga, elle-même ornée de tatouages colorés. Devant ses 20 000 abonnés sur Instagram, Issa s’exhibe dans les couloirs du salon grimé en lolita anime, froufrous roses et poils aux pattes. Le ton est donné : il s’agit d’une passion pour la culture japonaise doublée d’une exubérance désinvolte.

Comme Issa aime à le rappeler, la passion pour le Japon est une spécialité française, deuxième pays consommateur mondial de manga après le premier concerné. Alors que le tatouage se fait discret au Japon, victime de sa réputation associée aux yakuzas, il s'épanouit dans ce repaire pour otakus à la peau marquée. Ouvert il y a trois ans, le studio « Unique Horn » doit sa déco en partie aux clients : si certaines pépites ont été chinées par Issa lui-même, dont des raretés ramenées directement de la terre promise, le reste se compose d’offrandes et cadeaux de tatoués voulant mettre leur pierre à l’édifice. Dans l’amas hétéroclites des figurines, un objet sort du lot : une assiette décorative représentant les quatre îles des Comores, le pays d’origine du père d’Issa, militaire dans la marine. Né en Normandie, le tatoueur grandit à Cherbourg jusqu'à sa majorité. Quand sa mère, franco-italienne, part faire des courses, elle a l’habitude de le déposer à la bibliothèque de la ville, où il nourrit sa passion précoce pour le Japon. Dès qu’il en a l’opportunité, Issa visite une de ses tantes à Paris et dépense toutes ses économies dans les boutiques spécialisées dans le manga. Attiré par l’illustration, il étudie d’abord l’animation sur l’Île de la Réunion. Arrivé à Paris, il est remarqué par le célèbre tatoueur Tintin, organisateur du mondial du tatouage, pour qui il travaille une dizaine d'années. Pourtant, ce n’est qu’à l’âge de 35 ans qu’il se rend enfin au Japon avec son conjoint. Depuis, il tient à boire son Udon dans le même restaurant tous les dimanche, mais ne vous donnera pas le nom… Comme pour beaucoup de fans français, le Japon reste son jardin secret.

Pour le plaisirs de vos oreilles et de vos yeux, retrouvez notre podcast relatant le tatouage, et la rencontre, entre Issa et une future tatouée.